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Léa Franck : UQAM - Université du Québec à Montréal
La recherche présentée vise à montrer en quoi les programmes culinaires sont symptomatiques des logiques hypermodernes qui traversent le champ télévisuel et plus globalement les consommations. Notre approche médiatique considère en effet la télévision comme une instance de médiation dans laquelle sont « pliées » les négociations sociales, économique et politique. Nous pensons donc que les productions télévisuelles contiennent les traces d’une certaine configuration sociale et culturelle. En définissant le contexte de production de ces émissions - la société hypermoderne - il est possible de faire ressortir trois concepts qui nous semblent primordiaux pour comprendre notre objet d’étude : l’hédonisme esthétique ; le recyclage du passé et la glocalisation. Nous proposons ensuite, par l’analyse sociosémiotique, de déconstruire les programmes pour mieux comprendre les stratégies et les logiques de production qui sont pliées dans ces émissions. Ces observations nous permettent de faire ressortir les différences dans la manière dont le dispositif encadre le culinaire. Toutefois, nous montrerons également que les interprétations tirées de ces observations nous permettent d’argumenter que, malgré leurs apparentes dissemblances, les émissions étudiées exacerbent toutes les quatre les logiques inhérentes à l’hypermodernité et au champ télévisuel.
L’adolescence est une période où les jeunes renégocient leur rapport à l’alimentation (Baril et coll., 2014). Leurs besoins nutritifs évoluent, ils sont plus intéressés par ce qu’ils mangent et ils s’engagent dans des expériences gustatives hors foyer. Les choix alimentaires permettent alors l’affirmation d’une nouvelle autonomie (Mathiot, 2012). La famille demeure un espace de socialisation privilégié en matière d’alimentation (Belorgey, 2011) puisqu’elle est responsable de l’achat des aliments, de la préparation et de la prise des repas, et que les cultures alimentaires se transmettent de génération en génération (Diasio et Pardo, 2009). Au moyen de pratiques médiatiques plus autonomes, les adolescents sont exposés aux discours des acteurs de la sphère marchande, comme l’industrie agroalimentaire. Ces acteurs proposent des produits ciblant la clientèle adolescente et font la promotion de certains modèles alimentaires et corporels (Le Breton, 2013). On assiste également à la multiplication d’émissions présentant recettes et conseils alimentaires à la télévision et dans Internet (Cohen, 2015; Pollan, 2013), une offre à laquelle contribuent les jeunes (Abbar et coll., 2015). À ces discours s’ajoutent ceux de la santé publique et communautaire, dont les interventions ont notamment visé à améliorer l’offre alimentaire dans les environnements scolaires et à promouvoir la saine alimentation auprès des jeunes (Ogilvie et Eggleton, 2016). Comment les adolescents s’approprient-ils les multiples discours souvent contradictoires sur l’alimentation qui circulent dans les espaces public et privé? Comment développer des interventions qui puissent les soutenir dans la construction de choix alimentaires autonomes? Les pratiques alimentaires impliquent en effet l’apprentissage d’un ensemble d’habiletés (culinaires, socioculturelles, gastronomiques, commerciales, techniques, critiques et corporelles), renvoyant au fait social global (Poulain, 2002) et constitutives des littératies alimentaires (Lemieux, 2014).
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