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Véronique Pardo : CNIEL - OCHA
L’étude AlimAdos a consisté en une approche qualitative en anthropologie et sociologie d’adolescents français âgés de 12 à 19 ans et issus de cultures diverses ; leur environnement (scolaire et familial) a été inclus dans l’étude. Il n’y a pas une seule façon de manger, mais des multiplicités qui construisent ces mangeurs complexes adolescents.
Les jeunes sont la cible des campagnes nutritionnelles ; ils répondent à ces injonctions par une réflexivité alimentaire qui leur permet de jouer avec les normes. L’environnement familial participe largement de la différenciation des pratiques alimentaires adolescentes. Le capital économique et culturel des parents semble déterminant et les différences culturelles semblent s’estomper sous leur poids. Ces réflexions sont toutefois à nuancer selon les cultures des parents et les trajectoires migratoires.
En affirmant avoir une alimentation équilibrée, que nous disent les adolescents dont les parents ou grands-parents ont migré sur leur identité et sur la perception qu’ils ont de la société et du régime alimentaire français ? Que nous disent les adolescents en général sur leur façon de se voir dans la société ? Et qu’est-ce que ces pratiques et ces discours alimentaires aujourd’hui nous apprennent sur leur façon réelle de se nourrir et sur la façon dont évolueront leurs comportements ?
Autant de questions que le projet AlimAdos n’a pas épuisées.
L’adolescence est une période où les jeunes renégocient leur rapport à l’alimentation (Baril et coll., 2014). Leurs besoins nutritifs évoluent, ils sont plus intéressés par ce qu’ils mangent et ils s’engagent dans des expériences gustatives hors foyer. Les choix alimentaires permettent alors l’affirmation d’une nouvelle autonomie (Mathiot, 2012). La famille demeure un espace de socialisation privilégié en matière d’alimentation (Belorgey, 2011) puisqu’elle est responsable de l’achat des aliments, de la préparation et de la prise des repas, et que les cultures alimentaires se transmettent de génération en génération (Diasio et Pardo, 2009). Au moyen de pratiques médiatiques plus autonomes, les adolescents sont exposés aux discours des acteurs de la sphère marchande, comme l’industrie agroalimentaire. Ces acteurs proposent des produits ciblant la clientèle adolescente et font la promotion de certains modèles alimentaires et corporels (Le Breton, 2013). On assiste également à la multiplication d’émissions présentant recettes et conseils alimentaires à la télévision et dans Internet (Cohen, 2015; Pollan, 2013), une offre à laquelle contribuent les jeunes (Abbar et coll., 2015). À ces discours s’ajoutent ceux de la santé publique et communautaire, dont les interventions ont notamment visé à améliorer l’offre alimentaire dans les environnements scolaires et à promouvoir la saine alimentation auprès des jeunes (Ogilvie et Eggleton, 2016). Comment les adolescents s’approprient-ils les multiples discours souvent contradictoires sur l’alimentation qui circulent dans les espaces public et privé? Comment développer des interventions qui puissent les soutenir dans la construction de choix alimentaires autonomes? Les pratiques alimentaires impliquent en effet l’apprentissage d’un ensemble d’habiletés (culinaires, socioculturelles, gastronomiques, commerciales, techniques, critiques et corporelles), renvoyant au fait social global (Poulain, 2002) et constitutives des littératies alimentaires (Lemieux, 2014).
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