pen icon Colloque
quote

« Les parents disent-ils la vérité? » : enjeux de reconnaissance des savoirs et négociation des relations de pouvoir en recherche qualitative participative

AL

Membre a labase

Annie Lambert : Université de Sherbrooke

Résumé de la communication

Appuyée sur une approche participative, nous avons développé une recherche auprès de parents recevant les services de la protection de l’enfance dont les objectifs étaient de comprendre leur vécu au sein des trajectoires de services et de dégager leurs savoirs expérientiels à partir de leurs discours sur leur réalité. Or, avoir accès à la parole des acteurs est une chose, faire reconnaître leur parole et la considérer comme savoir en est une autre. Au fil de la recherche, en collaboration avec des acteurs du milieu et des parents, de nombreux enjeux et défis de reconnaissance des savoirs des parents ont pu être constatés, et ce, à chacune des étapes du projet. Une extrême vigilance des chercheuses est apparue nécessaire afin d’éviter que des biais ne soient induits par elles-mêmes, les professionnels ou les parents, à partir de présupposés théoriques, cliniques ou expérientiels. Donner une voix aux parents, dans un contexte balisé comme celui de la protection de l’enfance, semble confronter à une persistante remise en cause des discours des parents qui freine la reconnaissance de leur intelligence. La communication vise à réfléchir les enjeux de reconnaissance des savoirs et la négociation des relations de pouvoir au sein d’une recherche où les participants sont considérés comme vulnérables et en difficulté. Nous portons l’idée du droit des personnes de s’exprimer et d’être entendues comme celui de leur valeur ajoutée dans une construction commune et déhiérarchisée des savoirs.

Résumé du colloque

L’Association pour la recherche qualitative (ARQ) s’intéresse cette fois-ci à la pratique « ordinaire » de l’analyse telle qu’elle se réalise au cœur des rencontres de travail entre collègues-chercheurs (souvent de divers horizons disciplinaires), étudiants-chercheurs, et même parfois acteurs sociaux de diverses appartenances. Aujourd’hui, le travail collaboratif est très encouragé en recherche, notamment dans la production des analyses, mais il est souvent passé sous silence, voire complètement occulté en raison des limites et exigences des formats de publication habituels. L’ARQ souhaite donc ouvrir cette boîte noire pour examiner ces interactions au cœur du travail concret d’analyse en réinsérant celui-ci dans les pratiques sociales qui le mettent en œuvre, le concevant comme une action collective négociée entre les personnes impliquées dans la production du sens des matériaux étudiés.

L’éclairage anticipé revêt une grande importance puisque le travail collaboratif qui se réalise à l’ombre des démarches plus visibles a une incidence sur les choix retenus en matière de direction et crée ce qui éventuellement est présenté en termes de résultats de recherche. Ainsi, quelles sont les interactions qui participent à la production des analyses? Quels sont les objets de négociation qu’elles révèlent? Quelles sont les normes ou conventions qui balisent les décisions prises (Rix et Lièvre, 2005)? Quels compromis sont nécessaires au maillage d’idées de toute provenance et comment celles-ci sont-elles sélectionnées et hiérarchisées pour permettre l’avancée du processus analytique?

Ce questionnement se veut une contribution au projet scientifique lancé par Bruno Latour. Cet anthropologue des sciences a observé des scientifiques au travail et ce qu’ils font précisément dans leur laboratoire, et il a décrit le processus de production de données comme un travail de construction sociale. Il a ainsi montré comment celles-ci sont suscitées et construites, entre autres à la faveur de la coopération de tout un réseau d’acteurs. Les travaux de Latour s’inscrivent plus largement dans le domaine de la sociologie des sciences ou de la connaissance, entamé dans le monde anglo-saxon par des auteurs tels que Thomas Samuel Kuhn et développé aujourd’hui par bon nombre de chercheurs posant un regard distancié et resocialisant sur la production scientifique (ex. : Callon, Lascoumes et Barthe, 2001; Collins et Pinch, 1993; Darré, 1977; 1999; Larochelle et Désautels, 2002).

Ancrées dans des expériences concrètes de recherche empirique, les présentations s’inscriront dans l’un ou l’autre de ces axes : 1) celui de la division du travail; 2) celui de la négociation des positions de savoir; 3) celui des médiations construites par le chercheur; et 4) celui de la pensée plurielle en tant que potentiel d’innovation. Ces quatre axes de réflexion combinés permettront de mieux comprendre la fabrique des analyses qualitatives en la (ré)insérant dans l’ensemble de pratiques sociales qui la mettent en œuvre.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 10 mai 2017

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :