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Néolibéralisme et travail reproductif

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Céline Hequet : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

Lorsqu’elles ont cherché à comprendre ce qui expliquait leur dépendance aux hommes, à l’encontre des féministes libérales et des socialistes traditionnels qui les enjoignaient à sortir de la maison et à rejoindre le marché du travail pour s’émanciper, les théoriciennes de la deuxième vague ont fait le constat qu’en fait, elles travaillent déjà, mais qu’elles n’étaient simplement pas payées pour le faire[1].

Aujourd’hui, la lutte contre le salaire au travail ménager menée dans les années 70 n’a pas abouti, mais la norme du double salaire à l’extérieur du foyer, elle, est bien enracinée dans les pays riches. Cette situation a mené, selon Sylvia Federici, à une « crise de la reproduction sociale » et, pour y répondre, on fait de plus en plus appel à des femmes immigrées expressément pour effectuer le travail domestique. Or, cette « mondialisation de l’amour maternel[2] » vient instaurer une nouvelle stratification entre femmes et éroder la possibilité d’une lutte commune[3].

Le néolibéralisme est doublement lié à cette redéfinition de la situation des femmes. D’abord, par ses plans d’ajustement structurel, il a privé les populations du Sud de leurs moyens de reproduction et les a forcé à entrer sur le marché du travail mondialisé[4]. Ensuite, au Nord, les coupes massives dans les programmes sociaux ont re-privatisé une partie du travail soin, entraînant le retour de la femme au foyer[5]. Quelles pistes de lutte s’offre aujourd’hui aux femmes ?

[1] Louise Toupin, Le Salaire Au Travail Ménager, (Montréal: Les éditions du remue-ménage, 2014), p. 50-51.

[2] ibid. p. 20.

[3] Sylvia Federici, « Reproduction et lutte féministe dans la nouvelle division internationale du travail », Période (2014).

[4] idem.

[5] Sandra Ezquerra, « Spain, Economic Crisis, and the New Enclosure of the Reproductive Commons », Monthly Review 65, no 11 (2014).

Résumé du colloque

Tant à des fins analytiques que militantes, la notion de néolibéralisme est de plus en plus utilisée en sciences sociales et dans l’espace public pour désigner l’évolution actuelle de nos économies — en y associant, entre autres, l’augmentation des inégalités, la montée d’un individualisme méritocratique qui vient justifier ces mêmes inégalités, etc. Par l’entremise d’une réflexion sur le néolibéralisme comme stratégie de relance économique et mode de gouvernement, notre séance se propose d’étudier l’état de nos sociétés depuis la crise financière de 2008. Nous traiterons donc des rapports entre la financiarisation des économies capitalistes avancées et l’augmentation des inégalités qui s’y observe depuis quelques décennies ainsi que des croisements entre cet accroissement des inégalités socioéconomiques et le renforcement d’autres axes d’inégalité tels que le genre et la race. L’effet du néolibéralisme nous semble double, soit, d’une part, de contribuer à l’augmentation notable des inégalités et, d’autre part, de rendre difficile la dénonciation de ces mêmes inégalités en fonction d’identités collectives incarnées par des groupes de revendication, des syndicats et des mouvements sociaux. Nous conclurons en examinant les manières de résister au système néolibéral, en proposant notamment des articulations entre les différentes forces progressistes et en promouvant d’autres formes de vivre-ensemble.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
manager icon Responsables :
Barry Eidlin
Discutant-e- de la session : Marcos Ancelovici
section icon Date : 10 mai 2017

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