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Louise Vandelac : UQAM - Université du Québec à Montréal
Depuis Silent Spring de Carson, en 1962, la littérature scientifique a largement documenté les risques majeurs des pesticides et leurs coûts croissants sur l'environnement, la santé et la société. Le rapport de mars 2017 des rapporteurs spéciaux du droit à l’alimentation et des substances toxiques de l’ONU, s’inquiète de telles conséquences et blâme les fabricants de « déni systématique des méfaits » et d’entraves aux efforts de restriction des pesticides et il invite à créer « un processus mondial de transition vers une production alimentaire et agricole plus sûre et plus saine ». Centrée sur les enjeux socio-économiques et politiques des pesticides, leurs impacts sanitaires et environnementaux et les politiques publiques, cette conférence ciblera les herbicides à base de glyphosate, les plus vendus au monde. En dépit d’une hausse structurelle et exponentielle; des effets documentés de perturbation endocrinienne; des modalités d’évaluation contestées, des oppositions en Europe à leur ré-homologation et, en dépit, aux États-Unis, d’un scandale à la Erin Brockovich, suite au témoignage d’une ex-chercheure de l’EPA sur les effets cancérigènes du glyphosate (Le Monde (7/3/2017), le Canada s’apprête à reconduire pour 14 ans l’homologation du « glyphosate » sur d’étonnantes bases scientifiques et le Québec ose proposer une stratégie pesticide excluant les herbicides à base de glyphosate qui représentent 42% des pesticides. Transition vers une politique agroalimentaire écosanté?
Source croissante de préoccupations sanitaires, environnementales et économiques, les pesticides, révélateurs des enjeux de l’agriculture et de l’alimentation, sont au cœur de vifs débats scientifiques, sociaux et politiques. Au cours des dernières années, les ventes de pesticides à risque pour la santé et l’environnement n’ont cessé d’augmenter dans le monde, nuisant à la biodiversité, à la qualité des sols et de l’eau, et augmentant l’exposition des populations. Or les herbicides à base de glyphosate, de même que plusieurs autres pesticides, ont des effets métaboliques, physiologiques et génétiques démontrés sur la faune et sur l’être humain. Ainsi, tout comme l’atrazine, interdit en Europe depuis 2004, les effets de perturbation endocrinienne du Roundup sont démontrés sur les cellules humaines. Le glyphosate a d’ailleurs été classé comme cancérogène probable par l’Agence internationale de recherche sur le cancer (OMS/CIRC, 2015). Ces effets participent, selon nombre d’études, à l’épidémie de maladies chroniques reconnue par l’OMS. Considérant les connaissances sur les risques de l’usage des pesticides pour la santé et l’environnement ainsi que l’inquiétude qu’elles soulèvent chez différents acteurs sociaux, les réponses des États à ces connaissances et inquiétudes, en plus des lacunes et insuffisances des dispositifs d’évaluation scientifique et des politiques d’encadrement publiques, laissent pour le moins perplexes. Dans la foulée de la nouvelle Stratégie québécoise sur les pesticides 2015-2018 (MDDELCC, 2015) ayant pour objectif de réduire l’utilisation des pesticides les plus à risque autant en agriculture qu’en milieu urbain, nous souhaitons réunir dans ce colloque les principaux acteurs (chercheurs en santé, en environnement et en agronomie, utilisateurs de la recherche, etc.) pour mettre en commun les connaissances sur les effets des pesticides sur la santé et l’environnement ainsi que pour analyser et proposer des alternatives et des stratégies de transition. Nous tenons à remercier sincèrement l’Association canadienne des médecins pour l’environnement, le département de sociologie de l’UQAM et l’Université TÉLUQ pour leur contribution fort appréciée à l’organisation de cet événement.
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