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Patricia Monnier : Université McGill
L’OMS définit un perturbateur endocrinien comme "une substance ou un mélange de substances qui altère les fonctions du système endocrinien (le système qui sécrètent nos hormones) et a des effets nocifs sur la santé de l'individu touché ou sur sa descendance". Les pesticides appartiennent à cette famille de produits et sont partout. Les sources de contaminants sont nombreuses, souvent occultes, et à l'heure actuelle, la vaste gamme de conséquences positives et négatives sur l'écosystème et la santé humaine n'est que partiellement comprise. Deux principes de toxicologie seront revisités, à savoir, la relation dose-effet et l’effet cocktail puis nous ferons le point sur nos connaissance actuelles sur l’impact potentiel sur la santé reproductive des pesticides. De plus, il faut prendre en compte le moment de l’exposition d’un organisme à ces substances (fenêtre de susceptibilité), ce qui veut dire qu’à certains moments de la vie un organisme est plus sensible à la toxicité d’une substance chimique. Les indices s’accumulent sur la relation entre les expositions durant la grossesse et l'apparition de maladies dans la vie adulte (ou encore DoHaD ²developmental origin of health and disease²). Ainsi, les mécanismes épigénétiques, c’est-à-dire les mécanismes moléculaires qui régulent l’activité des gènes, pourraient expliquer comment l'environnement induit des changements stables au sein d’un embryon, à l’origine éventuellement de maladies, héritables sur plusieurs générations.
Source croissante de préoccupations sanitaires, environnementales et économiques, les pesticides, révélateurs des enjeux de l’agriculture et de l’alimentation, sont au cœur de vifs débats scientifiques, sociaux et politiques. Au cours des dernières années, les ventes de pesticides à risque pour la santé et l’environnement n’ont cessé d’augmenter dans le monde, nuisant à la biodiversité, à la qualité des sols et de l’eau, et augmentant l’exposition des populations. Or les herbicides à base de glyphosate, de même que plusieurs autres pesticides, ont des effets métaboliques, physiologiques et génétiques démontrés sur la faune et sur l’être humain. Ainsi, tout comme l’atrazine, interdit en Europe depuis 2004, les effets de perturbation endocrinienne du Roundup sont démontrés sur les cellules humaines. Le glyphosate a d’ailleurs été classé comme cancérogène probable par l’Agence internationale de recherche sur le cancer (OMS/CIRC, 2015). Ces effets participent, selon nombre d’études, à l’épidémie de maladies chroniques reconnue par l’OMS. Considérant les connaissances sur les risques de l’usage des pesticides pour la santé et l’environnement ainsi que l’inquiétude qu’elles soulèvent chez différents acteurs sociaux, les réponses des États à ces connaissances et inquiétudes, en plus des lacunes et insuffisances des dispositifs d’évaluation scientifique et des politiques d’encadrement publiques, laissent pour le moins perplexes. Dans la foulée de la nouvelle Stratégie québécoise sur les pesticides 2015-2018 (MDDELCC, 2015) ayant pour objectif de réduire l’utilisation des pesticides les plus à risque autant en agriculture qu’en milieu urbain, nous souhaitons réunir dans ce colloque les principaux acteurs (chercheurs en santé, en environnement et en agronomie, utilisateurs de la recherche, etc.) pour mettre en commun les connaissances sur les effets des pesticides sur la santé et l’environnement ainsi que pour analyser et proposer des alternatives et des stratégies de transition. Nous tenons à remercier sincèrement l’Association canadienne des médecins pour l’environnement, le département de sociologie de l’UQAM et l’Université TÉLUQ pour leur contribution fort appréciée à l’organisation de cet événement.
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