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Renée-Claude Breitenstein : Brock University
Si les prises de parole au féminin restent marginales au tournant des XVe et XVIe siècles, il est un exercice argumentatif où il n’est pas rare de voir s’afficher des locutrices féminines détentrices d’autorité : la défense des femmes. Dans La vraye disant advocate des dames de Jean Marot, composée en 1506 et dédicacée à Anne de Bretagne, diffusée sous forme manuscrite dans un premier temps puis imprimée vers 1520 et 1535, le poète cède la place à une voix féminine associée au domaine juridique, l’avocate du titre. Pourquoi ce changement énonciatif, et quels en sont les modalités et les enjeux ? Quelle est la spécificité de la figure de l’avocate dans le poème de Marot ? Ce procédé de ventriloquie à teinte juridique trouve-t-il d’autres canaux d’expression dans la tradition de défense des femmes ? Enfin, en quoi la modification de support (manuscrit, puis imprimé) en fonction de publics changeants modifie-t-il la portée (éventuellement l’efficacité) du procédé de ventriloquie et la représentation du féminin ? L’objectif de cette communication est triple : 1) relever et analyser le champ lexical du procès dans le poème de Marot pour en mesurer la force de persuasion ; 2) replacer cette stratégie argumentative dans le cadre plus global des défenses et éloges de femmes publiées à la Renaissance ; 3) s’interroger sur l’impact que peut avoir la matérialité des textes sur la question de la ventriloquie.
À une époque où il est encore malséant pour les femmes de prendre la parole publiquement, surtout pour discuter de matières controversées ou pour formuler la critique de décisions ou de personnages politiques ou religieux, on peut se demander comment, dans les imprimés français de la première modernité, on fait parler une figure féminine ou un groupe anonyme de femmes, notamment lorsque celles-ci sont de basse extraction sociale. Qu’il s’agisse de locutrices agissant comme protagonistes au sein d’un récit ou d’un « je » féminin qui semble se confondre avec une instance auctoriale, ces « voix » féminines présentent une grande diversité d’ethe. Quels types de personae les ventriloques — qu’il s’agisse de rédacteurs féminins ou masculins — élaborent-ils dans leurs écrits? Comment ces prises de parole au féminin se transforment-elles selon les contextes et les périodes? Quelles formes textuelles (écrits en prose ou versifiés, prophéties, caquets, dialogues, lettres, etc.) privilégie-t-on pour faire entendre ces voix féminines marginales et parfois dissidentes? Le travestissement textuel, c’est-à-dire les phénomènes de ventriloquie entendue ici métaphoriquement comme « le procédé au moyen duquel un rédacteur anonyme fait entendre une voix prétendument véritable1 » et autre que la sienne, soulève plusieurs interrogations relatives à l’auctorialité féminine. Brouillant les repères identitaires, ces procédés de ventriloquie complexifient les enjeux génériques et semblent mettre radicalement en question l’essentialisation des notions d’« écriture féminine » et de « parler femme ».
1 Jean-Philippe Beaulieu, « La voix de la maréchale d’Ancre. Effets de ventriloquie dans quelques pamphlets de 1617 », dans David Martens (dir.), La Pseudonymie dans la littérature française. De François Rabelais à Éric Chevillard, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2016.
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