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Safa Ben Saad : Université de Sherbrooke
Dans un contexte libéral et laïque, la mobilisation d’une norme juridique d’origine religieuse défit la neutralité. La cour suprême du Canada a retenu une définition extensive de la religion qui aiderait à résoudre la complexité de la diversité religieuse. Mais « l’État peut-il faire abstraction des « communautés d’appartenance » qui animent le phénomène religieux et desquelles un individu peut se revendiquer » ? Lorsqu’une référence religieuse est évoquée devant les tribunaux, elle véhicule à la fois un contenu normatif et un attachement, une identité. Cette référence mêlant normes, croyances et cultures, permet aux juges de se forger une certaine conception de la religion. À travers l’exemple de la représentation de la normativité islamique et en analysant la jurisprudence depuis les années 90, cette communication tentera de comprendre comment le droit religieux peut être le vecteur d’une identité religieuse et de desceller l’interaction des appartenances dans l’imbrication des normes religieuses et juridiques.
Le religieux constitue un élément central dans la transmission identitaire à l’intérieur des diasporas et dans l’initiation à la participation citoyenne de leurs membres dans le pays qui les accueille. Les mémoires individuelles et collectives des nouveaux arrivants sont chargées de considérations par rapport à leurs héritages ethnoculturels et religieux qui influencent leurs trajectoires d’intégration dans une société moderne sécularisée et plurielle. Le contact avec cette dernière déclenche souvent une recomposition identitaire chez ces individus qui peut provoquer des mutations de la symbolique du religieux et des changements de leurs pratiques religieuses. Les femmes, en particulier, composent avec les exigences parfois contradictoires des morales traditionnelles et les normes véhiculées par la modernité.
Ce bouleversement identitaire entraîne dans certains cas un cloisonnement des identités autour de marqueurs communautaires et religieux. Ce repli identitaire, engendré par des motivations ou des justifications religieuses, risque d’être instrumentalisé et de devenir la couveuse de frustrations et d’actes de violence. À l’opposé, la société plurireligieuse et pluriculturelle gérée par un État de droit offre aussi l’occasion de multiplier les dialogues intercommunautaires, interreligieux et interculturels dans un environnement pacifié. Ces échanges peuvent mener à des dialogues citoyens, à du prosélytisme, voire à des conversions au sein des communautés diasporiques, ces dynamiques amenant à leur tour leur propre lot de questionnements et d’enjeux.
C’est à travers une approche interdisciplinaire de ces thèmes que le colloque s’interroge sur les reconfigurations des identités religieuses au sein des communautés diasporiques dans un contexte interculturel ou multiculturel, sur les impacts sur les convictions et les pratiques religieuses qu’entraînent ces recompositions identitaires, ainsi que sur les enjeux sociaux et politiques que celles-ci soulèvent. Le colloque prend ainsi la forme d’une journée de conférences divisée en quatre blocs, chacun correspondant à un aspect du thème général : 1) les recompositions identitaires : mutations de la symbolique du religieux et transformation des pratiques; 2) les formes et enjeux des dialogues interreligieux et interculturels dans une perspective citoyenne; 3) les risques d’instrumentalisation de l’identité religieuse à des fins de violence; et 4) la situation particulière des femmes : entre les exigences des morales traditionnelles et modernes.
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