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Lara Van Dievoet : Université catholique de Louvain
Notre recherche porte sur les transitions professionnelles entre journalisme et politique, à partir du cas particulier des journalistes belges francophones « passés » en politique. Nous nous intéressons notamment aux journalistes qui franchissent la barrière entre les deux mondes pour devenir communicateurs, ainsi qu’à ceux qui font le choix de revenir au journalisme par la suite.
Que révèlent ces transitions professionnelles entre journalisme et politique des dynamiques d’entrée et de sortie de la profession de communicateur politique ? Afin de répondre à cette question, nous présenterons les résultats de l’analyse et l’interprétation de trois vagues d’entretiens semi-directifs (2008, 2015 et 2017) menés avec des communicants politiques issus du journalisme.
Premièrement, nous nous demanderons quels sont les déclencheurs et motivations de ces transferts professionnels. Pourquoi et comment la communication politique attire-t-elle des journalistes ? Ensuite, nous nous intéresserons aux compétences journalistiques mobilisables dès l’entrée en communication politique. Quels sont les “ capitaux “ qui facilitent la transition ? Enfin, nous porterons notre attention sur les dynamiques qui entourent le retour de certains de ces communicateurs dans des rédactions. Quels sont les caractéristiques de ces sorties de la profession et leurs enjeux ?
La profession de communicateur ou de communicatrice n’est pas un parcours unidirectionnel. Bien que les institutions d’enseignement de même que les associations professionnelles tentent, depuis nombre d’années, d’en baliser les trajectoires (Baillargeon et al., 2013), la complexité et la transdisciplinarité traversant la fonction communication dans les organisations rendent impossible — fort heureusement, pourrait-on dire — de circonscrire les contours de ce qui fait « professionnel » en communication. Journalistes se convertissant aux relations publiques ou devenant producteurs de contenus (Baillargeon et al., 2016; Bernier et al., 2005); mathmen constituant les nouveaux communicateurs à l’aune des données massives (big data) (Couldry et Turow, 2014; Messinger, 2014); responsables des RH endossant la fonction de communicateur interne (Talal, 2013), sans compter les croisements entre politique, marketing et communication (Kugler, 2006; Stenger, 2012) : autant d’indices que cette profession « échappe inévitablement à toute maîtrise systématique » (Champy, 2009, p. 84). Ainsi, l’observation de la polysémie et de l’équivocité des titres d’emploi (David and Motulsky, 2010; de la Broise, 2013), les fréquents amalgames professionnels et bifurcations floutant les frontières, les dynamiques d’entrée et sortie dans la profession, le foisonnement de formations « en communication » au cours de la vie témoignent de cette recherche constante de légitimation. Ce colloque international, organisé par le RESIPROC, propose de mettre en question l’atypie du parcours professionnel en communication de manière à en révéler les enjeux, les impacts sur la pratique de même que les tensions qu’elle engendre chez les praticiens, les associations et les milieux de formation.
Mettant en relation enseignants-chercheurs, étudiants, professionnels et représentants associatifs, ce colloque sera l’occasion de :
– faire un état des lieux sur les différentes formes d’hybridations professionnelles et les enjeux qu’elles supposent en matière de tensions dans les organisations et de limites dans les savoirs communs essentiels à la pratique (Shelby, 1993);
– explorer les rationalités déontologiques, économiques, éthiques, politiques et sociotechniques derrière cette atypie (Coutant et Domenget, 2016; Maas et al., 2017);
– se questionner sur les formes et les orientations des formations, qu’elles soient inscrites au sein des établissements d’enseignement ou non, au regard de cette atypie (de la Broise et Morillon, 2014).
À travers ces thèmes, chercheurs, enseignants et professionnels de l’espace francophone pourront jeter un regard plus avisé sur une profession constamment en quête de légitimation, proposer des pistes de réflexion sur la question de l’adéquation entre l’enseignement et la pratique qui fait récursivement surface (Champy, 2009 ; Lepine et David, 2014; Broyles et Slater, 2014; Neill et Schauster, 2015) tout en soulevant les défis pour les professionnels, novices comme expérimentés, de cette atypie.
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