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De l’in-observable

ÂC

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Ângelo Cardita : Université Laval

Résumé de la communication

Pour le sociologue allemand, Niklas Luhmann, la religion appartient à la société en tant que sous-système façonné par la communication à son intérieur ainsi que par la communication vers l’environnement extérieur. La religion est, donc, un sous-système autopoïétique autonome, mais toujours en relation avec d’autres systèmes sociaux par la double fermeture/ouverture qui caractérise tout système communicatif. À l’intérieur d’une religion, les rites reproduisent ce même mécanisme.

La religion comme communication se présente comme une proposition épistémologique, basée sur les paradoxes de l’observation. Celle-ci consiste dans la reconnaissance d’une différence à partir d’une position qui laisse quelque chose dans l’ombre de l’inobservable. En observant, l’observateur observe la différence, mais il ne peut jamais observer son propre acte d’observation.

C’est ici que la religion comme système de communication autopoïétique montre sa pertinence, parce qu'elle ne ferait qu’essayer d’observer l’unité paradoxale de la différence entre l’observable et l’inobservable, notamment dans ses rites. La « réalité de la réalité » est ce que l’on n’observe pas quand on est en train d’observer la réalité, mais la religion crée la différenciation qui permet d’observer le paradoxe de toute observation. Si une communication est religieuse quand elle observe l’immanence du point de vue de la transcendance, un rite sera religieux non seulement quand il observe l’immanence du point de vue de la transcendance, mais aussi quand il crée cette différence.

Résumé du colloque

Des recherches récentes dans le domaine des études rituelles suggèrent que les rites doivent être étudiés « rituellement » (McGann) et considérés « en eux-mêmes », de « leur propre droit » (Handelman et Lindquist), de façon à dépasser l’opposition implicite de la pratique des agents rituels à la théorie des chercheurs (Bell). Certains auteurs arrivent même à proposer l’abandon de « l’athéisme méthodologique » et l’engagement d’un « théisme méthodologique » (Piette).

En se concentrant sur l’écart épistémologique qui s’installe entre la pratique rituelle et les théories scientifiques sur les rites, ce colloque se propose de faire avancer les connaissances au-delà de l’impasse qui semble les faire s’arrêter précisément devant les connaissances pratiques et intuitives des rites eux-mêmes. En d’autres termes, il s’agit dans ce colloque de mettre en question l’écart entre les savoirs « internes » et les savoirs « externes » aux rites, et ce, dans le but de soulever les enjeux épistémologiques et méthodologiques liés à l’étude interdisciplinaire des rites. Si les rites sont des jeux linguistiques caractérisés par une multiplicité de langages (verbaux, gestuels, iconiques, musicaux, etc.) mobilisés de façon simultanée, l’étude critique des rites gagne à être interdisciplinaire (sociologie, anthropologie, sciences des religions, théologie, études liturgiques, littérature, musique, arts, etc.) non seulement afin d’arriver à une description plus exhaustive de l’action rituelle de l’extérieur, mais aussi afin d’accorder une place aux sens et aux significations internes au rite lui-même.

Ce colloque désire entrer dans ce débat dans le but de faire avancer les connaissances dans le domaine des études rituelles, notamment par le biais de la discussion méthodologique.

Qu’est-ce que l’on entend par rite? Quelle est la part du religieux dans les rites profanes? Ou encore, quelle est la part du profane dans les rites religieux? Et où passe la frontière entre le religieux et le séculier? Et qu’est-ce que l’on entend par « religieux » dans ce contexte? Qu’est-ce que l’utilisation de la notion rite dit de notre conception des sciences humaines? Quel rapport s’établit entre nos pratiques de recherche et d’enseignement sur les rites et la manière dont les rites sont élaborés, transmis et réinventés par les agents rituels eux-mêmes? Les agents rituels ritualisent à partir de connaissances « internes » aux rites, souvent des connaissances pratiques très complexes. Prendre en considération les connaissances internes revient-il nécessairement à se laisser « mystifier » par le rite (voir le différend entre Lévi-Strauss et Mauss sur le hau des Maoris)? Toutes ces questions renvoient à la nécessité contemporaine de redécouvrir et développer une « raison sensible » (Maffesoli), et non simplement une raison détachée. Elles exigent que l’on reprenne la réflexion épistémologique ainsi que le débat méthodologique dans le domaine des études du rite.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 11 mai 2017

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