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Décoloniser l’ethnographie : réflexions sur les voix silencieuses et minoritaires en Nouvelle-Calédonie

NS

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Nathanaëlle Soler : EHESS

Résumé de la communication

Cette communication rendra compte des difficultés épistémologiques et éthiques rencontrées dans mon enquête ethnographique sur la santé mentale à Lifou, Nouvelle-Calédonie. Ambitionnant de mettre au jour l’expérience subjective du «désordre mental» sur cette île, mon enquête s'est heurtée à un ensemble de difficultés pour accéder aux voix minoritaires de groupes pourtant présentés comme étant en difficultés : alors que j’ai recueilli chez les acteurs politiques, religieux ou coutumiers, des discours analysant les causes supposées du «mal-être des jeunes» ou des «violences faites aux femmes» (leurs catégorisations), peu de «femmes» ou de «jeunes» m’ont fait part de leurs difficultés et la pudeur des quelques confessions recueillies rend délicate leur restitution. Comment témoigner d’une souffrance et d’une violence quand elle ne se dit pas comme telle? Comment comprendre la pudeur et les silences, puis les restituer sans reproduire une nouvelle violence? À partir de l’exposé de l’interaction ethnographique, j’analyserai les conditions d’émergence du savoir dans un contexte d’abord marqué par le silence. Ce qui m’est apparu d’abord comme une faiblesse de mon enquête - l’absence de témoignages directs sur certaines formes de violences ou de souffrances psychiques - sera resitué de façon critique en montrant comment les silences constituent une forme de savoir et quelles sont les stratégies envisageables pour renouveler la méthode ethnographique dans ce contexte (post)colonial.

Résumé du colloque

Partant du titre du célèbre texte d’Audre Lorde, féministe lesbienne noire états-unienne, ce colloque entend mettre en question les modalités de construction et de transmission des savoirs, connaissances et praxis des groupes marginalisés, qui sont construits comme des problèmes sociaux dans différents contextes. L’objectif principal est de définir comment et quels savoirs-connaissances sont construits et transmis dans ces groupes sur « eux-mêmes » en termes d’enjeux divers, notamment liés à la racisation, le genre, la sexualité, la classe, le handicap, etc. Autrement dit, nous voulons comprendre ce qui se construit comme savoir sur le « soi » et les connaissances « autres » dans les groupes qui semblent socialement et politiquement « faire problème ». Dès lors, nous proposons de nous interroger à la manière de W.E.B. Dubois : « quel effet ça fait d’être un problème? », par quels modes de subjectivation devient-on un problème, et surtout, qui a le pouvoir de désigner, nommer et délimiter le problème?

Alors qu’il existe une large littérature et de nombreux travaux sur la marginalisation de différents groupes (personnes immigrantes, femmes autochtones, personnes réfugiées, etc.), ces études prennent rarement en compte une perspective située. Pourtant, un bon nombre de féministes, principalement les féministes noires, ont soulevé les enjeux liés à la construction du savoir situé et la force de ses perspectives. En effet, les perspectives et questions de recherche sont à considérer autrement lorsqu’il s’agit de travailler avec un groupe donné et non pas sur ce dernier. D’autres normativités, points de vue et praxis sont à visibiliser. Et nos approches et méthodes de recherche sont à repenser.

Nous désirons par ce colloque réunir des chercheurs et chercheuses de différents horizons disciplinaires qui s’intéressent aux enjeux de recherche liés à la représentation, au couple savoir-pouvoir, et aux questions épistémologiques et méthodologiques qu’ils suggèrent.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
Discutant-e- de la session : Leïla Benhadjoudja
section icon Date : 11 mai 2017

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