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Stéphane Handfield : Université de Montréal
Les services sociaux et de la santé (SSS) sont généralement prodigués en réponse à une demande de services précise convenant à une offre institutionnelle tout aussi précise. Toutefois, certain.e.s agent.e.s des SSS bénéficient d’une latitude d’intervention leur permettant de négocier l’offre de services pour l’arrimer à une demande ne convenant pas aux normes institutionnelles; cette même latitude leur permet aussi de susciter, guider et baliser l’expression de la demande de services pour amener la personne demanderesse à « demander » les services qu’on considère appropriés pour répondre à ses besoins. Cette négociation soulève toutefois plusieurs enjeux : si elle permet de personnaliser les services prodigués et d’ouvrir les SSS à des personnes peinant à présenter une demande convenant aux normes institutionnelles, elle renforce aussi la responsabilisation individuelle et déresponsabilise l’institution et le collectif par rapport aux résultats de l’intervention et à la situation de précarité de la personne recevant les services – même lorsque les services offerts n’ouvrent pas de sortie de la précarité. Cette présentation s’appuie sur un terrain ethnographique auprès d’un psychoéducateur intervenant auprès de personnes catégorisées comme ayant des limitations intellectuelles vivant en situation d’itinérance ou de grande précarité.
La croissance des inégalités sociales en Amérique du Nord et en Europe a fait l’objet, ces dernières années, d’une analyse approfondie par des chercheurs de renom en économie (Piketty, 2013; Stiglitz, 2012). Si ces études montrent la croissance notable des écarts de revenu et contribuent à remettre au jour la question des inégalités, elles tendent néanmoins à offrir une lecture sociologique des inégalités sociales simplifiée, en contribuant à nourrir une représentation binaire du monde social où règne une fracture entre le 1 % des plus puissants et la masse indifférenciée des 99 %, et en laissant ainsi de côté la « longue cascade d’inégalités plus fines » (Dubet, 2014) qui s’observent entre les grandes inégalités de conditions. Ce colloque propose de se saisir de l’actualité de la question des inégalités afin de les aborder et les réfléchir « par le bas ». Étudier les inégalités sociales « par le bas » signifie : 1) de les appréhender comme des processus dynamiques, ce qui, à rebours des approches totalisantes ou surplombantes, permet de saisir les mobilités et réversibilités qui se font souvent à petite échelle, entre les grands écarts de condition; 2) d’accorder un statut légitime à la « face subjective des inégalités sociales » (Drulet, 2011) et notamment au ressenti des inégalités, et cela, en prêtant une attention particulière aux « petites inégalités »; et 3) de saisir le caractère éminemment relatif des inégalités sociales en mettant à jour la manière dont les acteurs mesurent leurs aspirations et les différents affronts auxquels ils font face en se comparant soit à « leurs semblables », soit à ceux qu’ils jugent distincts et éloignés de soi. Ce colloque cherche donc à mieux comprendre, par la restitution d’enquêtes empiriques, la manière dont les petites inégalités sociales s’expriment dans les subjectivités, les pratiques et les interactions de la vie quotidienne en vue d’éclairer leurs conditions sociales de (re)production ainsi que leurs effets.
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