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Yagos Koliopanos : Université Paris Nanterre
Dans cette communication, je propose de me pencher sur l'organisation, le discours et les pratiques militantes d'un groupe particulièrement marginalisé et jusqu'alors dénué de parole, celui des travailleuses du sexe. En m'appuyant sur une enquête qualitative (observations, entretiens, analyse de discours, analyse de contenu) en cours portant principalement sur les livres écrits par des prostituées en Grèce et en France, je me concentrerai sur le cas grec mais dans une perspective comparative entre ces deux contextes socioculturels très différents et aux législations opposées (du moins en apparence). Ainsi, plusieurs questions émergent : est-ce que les analyses pertinentes sur les mobilisations des prostituées françaises peuvent-être transposées en Grèce? Comment expliquer le fait qu'en Grèce ce sont presque exclusivement les prostituées trans qui produisent un discours public et militant (ce qui n'est pas le cas en France où existent des travailleuses du sexe militantes cis comme trans)? Comment sont construits leur savoir, leurs pratiques et leurs stratégies militantes, quelles sont leurs revendications et quelles sont les alliances et collaborations qu'elles privilégient? Quels rapports entretiennent-elles avec les chercheur.e.s ? Rencontre-t-on la même méfiance (justifiée) que chez certains militants français, lassé.e.s de voir leur discours et leur savoir constamment appropriés, instrumentalisés, encadrés et distordus par des soi-disant expert.e.s de la prostitution?
Partant du titre du célèbre texte d’Audre Lorde, féministe lesbienne noire états-unienne, ce colloque entend mettre en question les modalités de construction et de transmission des savoirs, connaissances et praxis des groupes marginalisés, qui sont construits comme des problèmes sociaux dans différents contextes. L’objectif principal est de définir comment et quels savoirs-connaissances sont construits et transmis dans ces groupes sur « eux-mêmes » en termes d’enjeux divers, notamment liés à la racisation, le genre, la sexualité, la classe, le handicap, etc. Autrement dit, nous voulons comprendre ce qui se construit comme savoir sur le « soi » et les connaissances « autres » dans les groupes qui semblent socialement et politiquement « faire problème ». Dès lors, nous proposons de nous interroger à la manière de W.E.B. Dubois : « quel effet ça fait d’être un problème? », par quels modes de subjectivation devient-on un problème, et surtout, qui a le pouvoir de désigner, nommer et délimiter le problème?
Alors qu’il existe une large littérature et de nombreux travaux sur la marginalisation de différents groupes (personnes immigrantes, femmes autochtones, personnes réfugiées, etc.), ces études prennent rarement en compte une perspective située. Pourtant, un bon nombre de féministes, principalement les féministes noires, ont soulevé les enjeux liés à la construction du savoir situé et la force de ses perspectives. En effet, les perspectives et questions de recherche sont à considérer autrement lorsqu’il s’agit de travailler avec un groupe donné et non pas sur ce dernier. D’autres normativités, points de vue et praxis sont à visibiliser. Et nos approches et méthodes de recherche sont à repenser.
Nous désirons par ce colloque réunir des chercheurs et chercheuses de différents horizons disciplinaires qui s’intéressent aux enjeux de recherche liés à la représentation, au couple savoir-pouvoir, et aux questions épistémologiques et méthodologiques qu’ils suggèrent.
Titre du colloque :