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Éthique clinique et narrativité : le point aveugle de la subjectivation

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Alain Loute : Université catholique de Lille

Résumé de la communication

Une partie de l’éthique clinique s’est développée en mobilisant le concept de narrativité. Cette approche devait permettre de renouer avec la vie morale et concrète, d’ouvrir la voie à l’exercice d’une créativité éthique, de même qu’impliquer les sujets au-delà de leur objectivation à travers des données physiologiques et légales. Cette mobilisation de la narrativité pose de nombreuses questions relatives au processus de subjectivation des acteurs. Premièrement, pour certains auteurs la narration s’inscrit dans le mouvement d’injonction à l’autonomie de l’individualisme contemporain. Le mot d’ordre ricoeurien « ose te raconter ! » (2000) peut se comprendre un comme « un moyen privilégié de la subjectivation par la norme d’autonomie » (Lefève 2014). Ensuite, l’éthique narrative tend à surestimer la capacité de l’individu à donner sens à son expérience. Pour Charon, la narrativité peut ainsi se comprendre comme une compétence du médecin, plutôt que comme une pratique collective au cœur de différents conflits de normativités et de relations intergroupes. Enfin, l’approche narrative repose sur une conception de la temporalité qui présuppose une continuité de l’expérience. L’éthique clinique narrative est mue par un « optimisme sémantique » (Loute 2017) présupposant que l’expérience vive, bien qu’opaque et discordante, reste toujours racontable. Ce présupposé ne permet pas de cerner les conflits, les refoulements et les contradictions à travers lesquels se sédimente l’expérience.

Résumé du colloque

La philosophie politique et les sciences sociales « continentales », ainsi que les idées politiques qui s’en inspirent (comme les féminismes de la 3e vague, les études postcoloniales ou subalternes), font un large usage du concept de « sujet » et de ses dérivés : subjectivité, subjectivation. Il s’agit de placer au centre de la réflexion un concept du sujet compris comme une interruption, un écart, un déplacement d’un dispositif de pouvoir, qui renvoie à une pratique de la résistance, voire à une expérience de la liberté. Jouer la subjectivité/subjectivation contre le « sujet » traditionnel, c’est ainsi demander de quelles possibles institutions elle est porteuse : comment la résistance s’institue-t-elle en un sujet politique, comment penser la consistance temporelle spécifique d’un processus donné de subjectivation, et son institution? Quel est aujourd’hui l’atout théorique de l’usage de la « subjectivité politique » dans la pensée du pouvoir et des normes, et en quoi se distingue-t-elle d’autres propositions contemporaines, comme celles qui privilégient les concepts d’agency ou de self, davantage présentes dans le monde anglo-saxon? Inversement, que laisse-t-elle dans l’ombre, quels en sont les limites et les effets pervers possibles? Ce concept a par ailleurs migré dans d’autres champs du savoir, comme la sociologie, le travail social, la santé ou l’éthique du care. Enfin, il présente l’idée d’un sujet incarné (corps, affects, genres) et ancré dans des pratiques, allant du local au global : on peut donc se demander quelle est sa fécondité en regard des orientations pratiques, voire des politiques publiques qu’il est susceptible d’appuyer ou de critiquer, et aussi quels types d’identité et de vécus politiques il permet d’éclairer ou de produire.

Ce colloque entend explorer ces questions dans le triple domaine de la constitution du sujet, des dispositifs de pouvoir et des potentiels d’émancipation. Son objectif principal consiste à identifier l’origine et à circonscrire les avenues actuelles et la fécondité potentielle du concept de subjectivité politique, et cela, dans différents champs théoriques et pratiques. Il s’agira d’examiner et de discuter les problèmes éthiques, épistémiques, méthodologiques et politiques soulevés par ses usages dans la perspective : 1) de comprendre les tensions et les conflits des transformations sociales en cours à travers la pluralité des formes de subjectivité politique qui s’y manifestent; 2) d’identifier les nouvelles potentialités démocratiques et d’émancipation qui y sont en émergence, et les défis que cela pose pour l’action collective; et 3) de mener une réflexion interdisciplinaire et transdisciplinaire (articulations entre recherche, formation et intervention sur le terrain) renouvelée sur les rapports entre subjectivité et politique dans ce contexte.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 11 mai 2017

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