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Karine Bellerive : UQAM - Université du Québec à Montréal
Par une recherche-création, j’explore la force performative des écritures de soi dans ce qu’elles produisent comme subjectivités et vieillissements. En m’inspirant de la pensée deleuzienne, je procède à la création d’« agencements littéraires » au sein desquels j’invite des femmes et leurs pères atteints de maladies neurodégénératives à écrire en collaboration, partant de leurs expériences singulières et relationnelles du vieillissement. Ma démarche, située et en partie autoethnographique est à la fois personnelles (mon père a reçu un diagnostic de démence en 2013) et politiques. Quels territoires occupent les personnes confrontées à un tel diagnostic, leur reconnaissance sociale s’effritant au fil de l’accentuation de leurs symptômes? Dans ce contexte, je veux observer les « lignes de segmentarité », les mécanismes et enjeux de pouvoir qui sous-tendent, alimentent et contraignent les écritures de soi; les points de tension qui les marquent; les connexions qu’elles impliquent; les temporalités et les territoires qu’elles convoquent, entrecroisent et configurent; ainsi que les « pointes de déterritorialisation », les « lignes de subjectivation » et les « lignes de fuite » qui en émergent; les idées, pensées et préoccupations inattendues qu’elles ont le potentiel de susciter; les questionnements éthiques et politiques qu’elles soulèvent; les « devenirs » qu’elles produisent, dans l’optique où le rapport à soi et aux autres est toujours en mouvement, inachevé.
Partant du titre du célèbre texte d’Audre Lorde, féministe lesbienne noire états-unienne, ce colloque entend mettre en question les modalités de construction et de transmission des savoirs, connaissances et praxis des groupes marginalisés, qui sont construits comme des problèmes sociaux dans différents contextes. L’objectif principal est de définir comment et quels savoirs-connaissances sont construits et transmis dans ces groupes sur « eux-mêmes » en termes d’enjeux divers, notamment liés à la racisation, le genre, la sexualité, la classe, le handicap, etc. Autrement dit, nous voulons comprendre ce qui se construit comme savoir sur le « soi » et les connaissances « autres » dans les groupes qui semblent socialement et politiquement « faire problème ». Dès lors, nous proposons de nous interroger à la manière de W.E.B. Dubois : « quel effet ça fait d’être un problème? », par quels modes de subjectivation devient-on un problème, et surtout, qui a le pouvoir de désigner, nommer et délimiter le problème?
Alors qu’il existe une large littérature et de nombreux travaux sur la marginalisation de différents groupes (personnes immigrantes, femmes autochtones, personnes réfugiées, etc.), ces études prennent rarement en compte une perspective située. Pourtant, un bon nombre de féministes, principalement les féministes noires, ont soulevé les enjeux liés à la construction du savoir situé et la force de ses perspectives. En effet, les perspectives et questions de recherche sont à considérer autrement lorsqu’il s’agit de travailler avec un groupe donné et non pas sur ce dernier. D’autres normativités, points de vue et praxis sont à visibiliser. Et nos approches et méthodes de recherche sont à repenser.
Nous désirons par ce colloque réunir des chercheurs et chercheuses de différents horizons disciplinaires qui s’intéressent aux enjeux de recherche liés à la représentation, au couple savoir-pouvoir, et aux questions épistémologiques et méthodologiques qu’ils suggèrent.
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