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Christian PAPINOT : Université de Poitiers
En tant qu’industrie d’État, la construction navale militaire composait sans doute un des derniers secteurs économiques épargnés par cette politique dite de “modernisation des entreprises” (Linhart D., 1994). La déclinaison locale d’une tendance générale à minimiser le coût du travail et à maximiser son efficacité productrice via compressions d’effectifs et ”externalisation” des tâches sous des conditions de plus en plus précaires (Castel R., 1998) a donné lieu à l’adoption de nouveaux principes d’organisation du travail dite de sous-traitance globale (STG) à la fin du 20e siècle.
Après avoir présenté dans un premier temps les traits constitutifs de cette société ouvrière (Retière J.N., 1994 ; Schwartz O., 1990) “arsenalisée” et de sa destabilisation par sa restructuration industrielle et sociale récente (Papinot C., 2010), nous analyserons les transformations engendrées par ces nouvelles formes de sous-traitance. Les ouvriers de la sous-traitance, s’ils partagent des traits d’identification commune avec les ouvriers d’Etat (identification commune à l’arsenal (même si les ouvriers d’Etat distinguent bien « ceux de la famille » de « ceux de la DDASS »), transmission intergénérationnelle d’une culture de métier (matelotage), socle de normes et valeurs partagées (monumentalité de la production, formes de solidarité et de coopération productive, « sacré entourant les choses de la guerre » (Retière J.N., 1994 : 39), etc), s’en distinguent par leurs conditions objectives d’emploi et de travail, leur place subordonnée dans la division du travail, la surexposition aux risques (Thébaud-Mony A., 1998) laissant apparaître des principes de segmentation du collectif de travail par le statut d’emploi (Maruani M., 1989). Ces processus d’externalisation seront discutés dans une perspective comparative avec ceux d’un secteur d’activité nouvellement enquêté, celui de la fabrication de matériel ferroviaire.
De manière croissante, le travail contemporain s’effectue non plus dans le cadre de la relation d’emploi classique entre un salarié et un employeur, mais au sein de nouvelles configurations organisationnelles transversales aux entreprises : sous-traitance, travail en intérim, travail indépendant. Ces configurations ont pour effet de fragmenter les collectifs de travail et de bouleverser le cadre de la relation d’emploi, avec des conséquences importantes sur le travail, l’emploi et l’action collective. Paradoxalement, alors que les rapports sociaux de travail dépassent les frontières de l’entreprise, les dispositifs de protection et de représentation des travailleurs (surtout en Amérique du Nord), tout comme la majeure partie des travaux scientifiques sur le travail et l’emploi, continuent de prendre l’entreprise pour unité d’analyse et d’action. Pour comprendre les relations d’emploi contemporaines, il apparaît donc nécessaire de déplacer l’objet de l’analyse du plan de l’entreprise à celui du secteur ou de la chaîne de valeurs, ce qui permet de prendre en compte la nature des relations entre les entreprises et entre elles, et leurs différents types de main-d’œuvre. En outre, c’est souvent à ce niveau que se développent les innovations en matière de protection sociale et de dialogue social.
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