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Vincent Denault : Université de Montréal
Depuis plus de 40 ans, de nombreux linguistes s’intéressent à l’application de la linguistique à différentes étapes du processus judiciaire. Toutefois, si du côté anglo-saxon les policiers et les magistrats ont reconnu son utilité de l’enquête policière au procès criminel (Blackwell, 2013), la linguistique légale demeure peu connue dans la francophonie. Les professionnels du milieu judiciaire n’étant pas immunisés aux soi-disant experts (Kosinski, 2015), la méconnaissance de ce domaine de recherche scientifique laisse la porte ouverte aux techniques pseudoscientifiques afin de distinguer les discours véridiques des discours mensongers. La technique SCAN (Sapir, 2005), par exemple, est utilisée à l’échelle mondiale par les forces de l’ordre malgré une absence de preuves empiriques probantes (Bogaard, Meijer, Vrij, & Merckelbach, 2016). Au Québec, la méconnaissance de la recherche scientifique sur le non-verbal a permis à la synergologie, pendant quelques années, de recevoir l’attention de nombreux policiers, avocats et décideurs (Denault, Larivée, Plusquellec, & Plouffe, 2015). Prenant exemple sur la popularité de cette technique pseudoscientifique pour décoder le non-verbal, cette présentation orale vise à discuter des enjeux et des défis auxquels s’expose la linguistique légale si, comme ce fut le cas pour la recherche scientifique sur le non-verbal, les universitaires négligent de faire valoir efficacement et en temps opportun leurs connaissances.
La linguistique judiciaire (forensic linguistics) regroupe les recherches axées sur le langage dans les contextes de travail relatifs à la justice. Langue et justice ont en effet partie liée : l’interrogatoire, l’aveu, la plaidoirie et le jugement sont affaire de discours, tout comme le sont également parfois, en amont, l’infraction ou le crime lui-même — qu’il s’agisse de menace, d’incitation à la haine ou de plagiat, pour ne nommer que ceux-là. La manière même dont ces discours sont construits contraint l’interprétation qui en est donnée et, de ce fait, les conséquences légales et sociales qui en découlent. Le colloque réunira les chercheurs francophones intéressés par l’étude du langage dans toutes les sphères du système judiciaire et à toutes les étapes d’intervention. Il s’agira d’exploiter des thèmes liés à l’analyse des discours de l’enquête policière ou du tribunal — produits par les acteurs impliqués dans les enquêtes ou les procès : policiers, juges et avocats, mais aussi témoins et jurés — de même qu’à l’analyse de données langagières pour l’enquête policière ou le tribunal : par exemple, les discours qui font l’objet du litige constituent des indices ou sont apportés en preuve lors d’un procès.
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