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Cécile Van De Velde : Université de Montréal
Cette présentation explorera les grammaires de la « colère » sociale et politique telle qu’exprimée actuellement au sein des jeunes générations, et la place qu’y tiennent les questions d’inégalités et d’injustice. Elle s’appuie sur une enquête comparative en cours sur les jeunes générations face à la crise, conduite auprès de jeunes adultes à Montréal, Santiago du Chili, Madrid, Paris, Hong-Kong. Une première partie explorera les « mots de la colère » tels qu’ils émergent des contestations juvéniles ayant eu lieu dans ces 5 villes afin d’identifier les caractéristiques fondamentales de ces grammaires contestataires contemporaines.
Une seconde partie se penchera sur les expériences plus individuelles de cette « colère » sociale et politique, qui se logent au sein même des parcours de vie. Elle s’appuie sur l’analyse comparée des discours de plus de 120 jeunes adultes issus de différents milieux sociaux dans les 5 villes ciblées dans l’enquête, n’ayant pour la plupart pas participé aux protestations. L’analyse mettra en lumière les liens subjectifs entre l’expérience des « inégalités », des « injustices » et de la « colère » : elle identifiera les fondements de la montée d’une rhétorique « anti-système », et les différentes figures critiques de la désadhésion sociale qui émergent actuellement au sein de ces jeunes générations.
La croissance des inégalités sociales en Amérique du Nord et en Europe a fait l’objet, ces dernières années, d’une analyse approfondie par des chercheurs de renom en économie (Piketty, 2013; Stiglitz, 2012). Si ces études montrent la croissance notable des écarts de revenu et contribuent à remettre au jour la question des inégalités, elles tendent néanmoins à offrir une lecture sociologique des inégalités sociales simplifiée, en contribuant à nourrir une représentation binaire du monde social où règne une fracture entre le 1 % des plus puissants et la masse indifférenciée des 99 %, et en laissant ainsi de côté la « longue cascade d’inégalités plus fines » (Dubet, 2014) qui s’observent entre les grandes inégalités de conditions. Ce colloque propose de se saisir de l’actualité de la question des inégalités afin de les aborder et les réfléchir « par le bas ». Étudier les inégalités sociales « par le bas » signifie : 1) de les appréhender comme des processus dynamiques, ce qui, à rebours des approches totalisantes ou surplombantes, permet de saisir les mobilités et réversibilités qui se font souvent à petite échelle, entre les grands écarts de condition; 2) d’accorder un statut légitime à la « face subjective des inégalités sociales » (Drulet, 2011) et notamment au ressenti des inégalités, et cela, en prêtant une attention particulière aux « petites inégalités »; et 3) de saisir le caractère éminemment relatif des inégalités sociales en mettant à jour la manière dont les acteurs mesurent leurs aspirations et les différents affronts auxquels ils font face en se comparant soit à « leurs semblables », soit à ceux qu’ils jugent distincts et éloignés de soi. Ce colloque cherche donc à mieux comprendre, par la restitution d’enquêtes empiriques, la manière dont les petites inégalités sociales s’expriment dans les subjectivités, les pratiques et les interactions de la vie quotidienne en vue d’éclairer leurs conditions sociales de (re)production ainsi que leurs effets.
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