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Nicolas Bernier : Université de Sherbrooke
Cette présente communication vise à démontrer que le surcroît d’intelligibilité de la pensée politique de Jacques Rancière permet de poser un diagnostic sur l’action politique au cœur du mouvement étudiant québécois du printemps 2012. Nous mettrons l’emphase sur la réaction autoritaire et les stratégies de discréditation du statut de citoyen des étudiants provenant à la fois du gouvernement libéral et de la société civile québécoise. La pensée de Rancière permet de cerner les obstacles inévitables à l’émancipation politique à l’intérieur des sociétés occidentales modernes, qu’il qualifie de post-démocratiques puisqu’elles masquent l'apparence litigieuse du peuple. Au nom de l’État de droit, du discours expert et de la nécessité économique mondiale, les post-démocraties s'en prennent à l’essence même de la participation politique, c'est-à-dire la capacité des individus de se constituer comme sujet politique capable, au même titre que n’importe qui, de prendre part aux décisions de la vie commune. Nous terminerons par souligner les conséquences néfastes des post-démocraties quant à la montée de l’intolérance envers les minorités. En effet, selon Rancière, la montée de l’intolérance sociale est largement causée par l’impossibilité de minorités présentées comme causes ou menaces de perturbation de l’ordre social, de constituer leur identité politique et de revendiquer leur droit de participer aux décisions de la vie commune.
La philosophie politique et les sciences sociales « continentales », ainsi que les idées politiques qui s’en inspirent (comme les féminismes de la 3e vague, les études postcoloniales ou subalternes), font un large usage du concept de « sujet » et de ses dérivés : subjectivité, subjectivation. Il s’agit de placer au centre de la réflexion un concept du sujet compris comme une interruption, un écart, un déplacement d’un dispositif de pouvoir, qui renvoie à une pratique de la résistance, voire à une expérience de la liberté. Jouer la subjectivité/subjectivation contre le « sujet » traditionnel, c’est ainsi demander de quelles possibles institutions elle est porteuse : comment la résistance s’institue-t-elle en un sujet politique, comment penser la consistance temporelle spécifique d’un processus donné de subjectivation, et son institution? Quel est aujourd’hui l’atout théorique de l’usage de la « subjectivité politique » dans la pensée du pouvoir et des normes, et en quoi se distingue-t-elle d’autres propositions contemporaines, comme celles qui privilégient les concepts d’agency ou de self, davantage présentes dans le monde anglo-saxon? Inversement, que laisse-t-elle dans l’ombre, quels en sont les limites et les effets pervers possibles? Ce concept a par ailleurs migré dans d’autres champs du savoir, comme la sociologie, le travail social, la santé ou l’éthique du care. Enfin, il présente l’idée d’un sujet incarné (corps, affects, genres) et ancré dans des pratiques, allant du local au global : on peut donc se demander quelle est sa fécondité en regard des orientations pratiques, voire des politiques publiques qu’il est susceptible d’appuyer ou de critiquer, et aussi quels types d’identité et de vécus politiques il permet d’éclairer ou de produire.
Ce colloque entend explorer ces questions dans le triple domaine de la constitution du sujet, des dispositifs de pouvoir et des potentiels d’émancipation. Son objectif principal consiste à identifier l’origine et à circonscrire les avenues actuelles et la fécondité potentielle du concept de subjectivité politique, et cela, dans différents champs théoriques et pratiques. Il s’agira d’examiner et de discuter les problèmes éthiques, épistémiques, méthodologiques et politiques soulevés par ses usages dans la perspective : 1) de comprendre les tensions et les conflits des transformations sociales en cours à travers la pluralité des formes de subjectivité politique qui s’y manifestent; 2) d’identifier les nouvelles potentialités démocratiques et d’émancipation qui y sont en émergence, et les défis que cela pose pour l’action collective; et 3) de mener une réflexion interdisciplinaire et transdisciplinaire (articulations entre recherche, formation et intervention sur le terrain) renouvelée sur les rapports entre subjectivité et politique dans ce contexte.
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