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Anna Kruzynski : Université Concordia
Cette présentation est une analyse de la lutte qui s’est soldée par la cession par un promoteur capitaliste au Collectif 7 à Nous d’un bâtiment industriel situé au cœur du quartier de Pointe-Saint-Charles à Montréal. Pour ce faire, je vais appliquer le concept de commun tel que proposé par Gibson-Graham, Cameron et Healy (2016; 2013), chercheur.es engagé.es du Collectif sur les économies de communauté. Plutôt que de cadrer le commun comme étant une « chose » associée à la propriété publique ou en accès libre, toujours assujetti à un processus d’enclosure (« new enclosures » : Hardt & Negi; De Angelis & Harvie), ces auteur.es préfèrent concevoir le commun comme un processus. Le verbe to common (commoning) réfère donc à cette relation conflictuelle entre êtres humains et entre êtres humains et le monde dans toute sa diversité autour de l’accès, l’utilisation, l’avantage, le soin et la responsabilité. L’exemple du Bâtiment 7 nous permettra de mieux comprendre en quoi cette manière de concevoir les communs permet d’ouvrir l’horizon des possibles, au-delà des débats capitalocentriques qui immobilisent l’extrême gauche. Je vais démontrer comment une « communauté-de-commun » diversifiée a émergé autour de cette lutte qui s’est étalée sur 9 ans et comment cette communauté a été consolidée par le processus d’élargissement des communs (commoning) mené par ces résident.es du quartier qui ont « appris à être affectés » (Latour). Je vais aussi appliquer ces concepts à la phase actuelle du projet – la création d’un mode de gouvernance démocratique et l’aménagement des lieux pour y accueillir des initiatives économiques émancipatrices, notamment un café, un brew-pub, un magasin général, une serre, une cuisine collective, un marché public, une fonderie, un espace de co-working, un CPE, une maison de naissance et un centre de santé alternative.
La notion de « commun » cristallise depuis plusieurs années un ensemble de réflexions en sciences sociales extrêmement fécondes qui s’inscrivent aussi bien dans le champ de l’économie politique que dans celui du droit, de la sociologie ou de la science politique. Qu’elles s’organisent autour de l’eau, des logiciels libres, de la pratique démocratique ou du vivant, d’autres façons de vivre ensemble, par-delà le marché et l’État, apparaissent aujourd’hui en alternative au système capitaliste. Ce sont ces nouveaux espaces de pratique et horizons de réflexion, ces autres manières d’aborder et de penser la vie en commun que la notion invite à investiguer. Rencontrant un intérêt croissant tant au sein de la société civile que dans le monde universitaire, le commun permet ainsi de réfléchir de manière constructive à la crise sociale, politique et écologique traversée par les sociétés contemporaines en situant d’emblée les sciences sociales sur le terrain positif de la proposition. Dans cet esprit, ce colloque entend explorer les nouveaux espaces et horizons du commun à partir d’approches autant théoriques qu’empiriques.
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