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La coopération de consommation, tentative de réencastrement par le commun

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Marion Sirieix : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

La notion de ré-encastrement, et plus largement le processus de « démarchandisation », ont souvent été pensés, comme l'apanage du secteur public, l’État devant en être l'acteur et le moyen1. Si cette mission étatique est aujourd'hui nettement remise en cause par les processus de néo-libéralisation2, les concepts polanyiens perdurent et continuent d'être des ressources fortement heuristiques pour les chercheurs qui tentent de penser le renouveau de la solidarité démocratique dans un cadre décloisonné qui n'oppose plus systématiquement privé et public, marchand et non marchand mais envisage des espaces pluriels3. A cet égard, les récents travaux qui ont été menés autour du ou des « communs(s) »4 traduisent une effervescence conceptuelle basée sur cet héritage polaniyen qui permet d'envisager une multitude de « devenirs non capitalistes »5 dont l'actualisation du potentiel en matière de changement social représente un défi tant pour les militants qui s'y impliquent que pour les chercheurs devant en rendre compte. Le but de cette communication sera donc de présenter un groupement d'initiatives qui peuvent être interprétées comme autant de tentatives de réencastrement par le commun.
Les tentatives pour renouveler le champ de la coopération de consommation qui émergent depuis quelques années, notamment en France, participent de cette double dynamique de réinscription de l'activité économique dans le rapport social et la régulation démocratique d'une part, et d'auto-institution du sens collectif d'autre part. Les coopératives de consommation qui ont pu être étudiées partent d'un refus des lois imposées par le marché, et tentent, en se saisissant des activités concernées (en l’occurrence le logement et l'alimentation), de mettre sur pied non seulement de nouvelles règles destinées à régir les échanges, mais également une matrice relationnelle qui s'abstrait des réflexes conférés à l'homo œconomicus calculateur rationnel et qui s'esquisse comme un «éthos réciprocitaire»6, nous mettant sur la piste d'un «être ensemble» qui se détache des logiques économiques7 et utilitariste. La production de biens, mais également les règles qui régissent les espaces de production et d'échange de ces derniers, ainsi que le vivre ensemble en leur sein sont alors repris en charge, démontés et ré-inventés par une collectivité proprement politique. On peut des lors envisager les coopératives comme productrices de commun, dont la gestion collective, basée sur la praxis démocratique, permet la production et l'échange de biens collectivement produits, tant dans leur matérialité que dans leur normativité. C'est le cas des logements construits par les coopératives d'habitants dans la région de Lyon ou en Italie pour lesquels valeurs d'usage et d'échange sont redéfinies pour empêcher toute spéculation. C'est également le but du projet La Louve à Paris, coopérative alimentaire bio et locale, dont les règles de fonctionnement visent l'échange juste, et où la consommation de chacun est bornée par les règles éthiques décidées collectivement.
En ce sens, le projet formulé par ces coopératives de consommation, bien qu'il doive encore être concrètement mis en œuvre dans la durée et qu'il se heurte à de nombreuses dynamiques de récupération, tente d'articuler une nouvelle recherche sur la production des biens commun, à une expérimentation quotidienne de ce que pourraient être un lien social progressivement ré-encastré et procédant du commun comme praxis démocratique radicale.

Résumé du colloque

La notion de « commun » cristallise depuis plusieurs années un ensemble de réflexions en sciences sociales extrêmement fécondes qui s’inscrivent aussi bien dans le champ de l’économie politique que dans celui du droit, de la sociologie ou de la science politique. Qu’elles s’organisent autour de l’eau, des logiciels libres, de la pratique démocratique ou du vivant, d’autres façons de vivre ensemble, par-delà le marché et l’État, apparaissent aujourd’hui en alternative au système capitaliste. Ce sont ces nouveaux espaces de pratique et horizons de réflexion, ces autres manières d’aborder et de penser la vie en commun que la notion invite à investiguer. Rencontrant un intérêt croissant tant au sein de la société civile que dans le monde universitaire, le commun permet ainsi de réfléchir de manière constructive à la crise sociale, politique et écologique traversée par les sociétés contemporaines en situant d’emblée les sciences sociales sur le terrain positif de la proposition. Dans cet esprit, ce colloque entend explorer les nouveaux espaces et horizons du commun à partir d’approches autant théoriques qu’empiriques.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 11 mai 2017

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