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Adriana POZOS : UQAM - Université du Québec à Montréal
Ma recherche doctorale, qui porte sur les disparitions forcées au Mexique, me confronte avec la souffrance des personnes affectées par cette situation et pose un certain nombre de difficultés qui se trouvent à la frontière entre la rigueur académique et l’engagement politique et éthique. Une première difficulté est d’ordre socio-affectif et est en relation avec l’empathie générée avec les victimes-interviewées et le dilemme moral que j’affronte du fait de ne pas être nécessairement en mesure de fournir la collaboration attendue en raison des caractéristiques propres au travail de recherche académique. Une deuxième difficulté est d’ordre méthodologique-épistémologique et est en relation avec les limites du langage académique pour exprimer un problème qui touche ces groupes sous différents angles. Au niveau méthodologique, une difficulté qui se pose est de savoir comment traiter et présenter des informations qui peuvent compromettre la sécurité des victimes. La différence qui se pose entre les éléments de caractère socio-affectifs et méthodologiques est uniquement analytique et est liée au processus de rédaction et de systématisation de l’information. Dans les faits, pour ceux et celles qui font de la recherche il est difficile de séparer les deux dimensions. Cette communication cherche à problématiser les aspects mentionnés ci-dessus afin d’établir un dialogue entre pairs sur les dimensions qui affectent le processus de recherche engagée avec les groupes marginalisés.
Partant du titre du célèbre texte d’Audre Lorde, féministe lesbienne noire états-unienne, ce colloque entend mettre en question les modalités de construction et de transmission des savoirs, connaissances et praxis des groupes marginalisés, qui sont construits comme des problèmes sociaux dans différents contextes. L’objectif principal est de définir comment et quels savoirs-connaissances sont construits et transmis dans ces groupes sur « eux-mêmes » en termes d’enjeux divers, notamment liés à la racisation, le genre, la sexualité, la classe, le handicap, etc. Autrement dit, nous voulons comprendre ce qui se construit comme savoir sur le « soi » et les connaissances « autres » dans les groupes qui semblent socialement et politiquement « faire problème ». Dès lors, nous proposons de nous interroger à la manière de W.E.B. Dubois : « quel effet ça fait d’être un problème? », par quels modes de subjectivation devient-on un problème, et surtout, qui a le pouvoir de désigner, nommer et délimiter le problème?
Alors qu’il existe une large littérature et de nombreux travaux sur la marginalisation de différents groupes (personnes immigrantes, femmes autochtones, personnes réfugiées, etc.), ces études prennent rarement en compte une perspective située. Pourtant, un bon nombre de féministes, principalement les féministes noires, ont soulevé les enjeux liés à la construction du savoir situé et la force de ses perspectives. En effet, les perspectives et questions de recherche sont à considérer autrement lorsqu’il s’agit de travailler avec un groupe donné et non pas sur ce dernier. D’autres normativités, points de vue et praxis sont à visibiliser. Et nos approches et méthodes de recherche sont à repenser.
Nous désirons par ce colloque réunir des chercheurs et chercheuses de différents horizons disciplinaires qui s’intéressent aux enjeux de recherche liés à la représentation, au couple savoir-pouvoir, et aux questions épistémologiques et méthodologiques qu’ils suggèrent.
Titre du colloque :