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Arianne ROBICHAUD : UQAM - Université du Québec à Montréal
Si la pensée éducative déployée par Hannah Arendt dans La Crise de l’éducation (1954) est bien connue et abondamment commentée en philosophie de l’éducation, ses ramifications aux fondements de l’éducation québécoise, et plus particulièrement aux trois figures enseignantes proposées et valorisées par les différents programmes scolaires mis en œuvre au Québec depuis les années 1960, le sont beaucoup moins. Ainsi, cette communication vise non seulement à repenser et interpréter le modèle enseignant arendtien à l’aune de la dichotomie intellectualisme/anti-intellectualisme particulièrement pertinente pour étudier le rapport aux savoirs des enseignants québécois, mais également à contraster le modèle de l’enseignant intellectuel chez Arendt aux figures enseignantes se trouvant aux sources des programmes éducatifs québécois des années 1960-1970, 1980-1990 et 2000. Dès lors, comment l’enseignant intellectuel arendtien se mesure-t-il aux présupposés philosophiques de ces trois programmes et des modèles du maître qu’ils ont proposés? Comment se mesure-t-il également aux modèles enseignants préconisés par les programmes universitaires de formation initiale depuis les années 1960, arrimés à ces programmes scolaires respectifs? Telles sont quelques-unes des questions aux fondements de cette communication, dont l’objectif principal est d’actualiser la force de la pensée arendtienne pour une analyse philosophico-historique de l’identité enseignante québécoise.
Dans la pensée éducative québécoise contemporaine, la figure de l’enseignant est dominée par celle du professionnel, celui qui est éclairé par la science, et par celle du guide, celui qui facilite les apprentissages. Ils sont tantôt des applicateurs de savoirs experts relativement désincarnés, et tantôt des accompagnateurs dont les savoirs disciplinaires sont relégués à une position accessoire. En ce sens, ces figures acculent l’enseignant à un rôle relativement instrumental d’applicateur ou de tuteur, ce qui semble insuffisant pour nourrir l’identité, le développement et la pratique de façon signifiante et satisfaisante. Comme le défend Chris Higgins dans The good life of teaching, le travail de l’enseignant en lui-même peut fonder un modèle robuste de la good life et devrait permettre aux enseignants de mener des vies réellement gratifiantes.
Ce colloque propose donc de repenser la figure de l’enseignant de manière à permettre à ce métier, ce travail, cette profession, de renouer avec son caractère « vocationnel ». S’il est un métier « incarné », porté par un engagement profond pour le devenir humain et social, c’est bien celui de l’enseignement : il s’agit donc dans ce colloque de repenser cette figure de l’enseignant à la lumière des différentes manifestations historiques, mythologiques ou réelles dans le but de chercher à la penser différemment.
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