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Denis Jeffrey : Université Laval
Autrefois, les instituteurs et institutrices québécois étaient formés pour devenir des modèles exemplaires de moralité. Ils devaient être des exemples de bonne conduite autant dans l’école que hors de l’école. Ils représentaient, avec les religieux, les représentants des vertus catholiques, d’où le vertuisme. Après la Révolution tranquille, le modèle de formation a changé. La formation à l’enseignement s’est professionnalisée. La nouvelle éthique professionnelle n’oblige plus les enseignants à incarner une moralité irréprochable. Toutefois, encore en 1996, la Cour suprême du Canada appuyait sa décision, dans une cause concernant l’inconduite d’un enseignant, sur le vertuisme. Les enseignants, écrivaient les juges, devaient avoir une moralité exemplaire 365 jours par année et 24 heures sur 24. Presque vingt ans après cette décision, l’ancienne figure vertuiste de l’enseignant n’est pas disparue. À vrai dire, nombre d’enseignants se perçoivent encore aujourd’hui comme des modèles de moralité. Ils s’en font même une fierté. Ce vertuisme, nous allons en parler dans cette présentation, pourrait bien être incompatible avec les nouvelles exigences contemporaines d’une éthique professionnelle. En fait, comment définir l’enseignant compétent au point de vue de l’éthique ? Nous allons présenter des valeurs, des normes, des principes éducatifs et des finalités de l’enseignement qui pourraient guider l’enseignant d’aujourd’hui qui désire être perçu comme un professionnel.
Dans la pensée éducative québécoise contemporaine, la figure de l’enseignant est dominée par celle du professionnel, celui qui est éclairé par la science, et par celle du guide, celui qui facilite les apprentissages. Ils sont tantôt des applicateurs de savoirs experts relativement désincarnés, et tantôt des accompagnateurs dont les savoirs disciplinaires sont relégués à une position accessoire. En ce sens, ces figures acculent l’enseignant à un rôle relativement instrumental d’applicateur ou de tuteur, ce qui semble insuffisant pour nourrir l’identité, le développement et la pratique de façon signifiante et satisfaisante. Comme le défend Chris Higgins dans The good life of teaching, le travail de l’enseignant en lui-même peut fonder un modèle robuste de la good life et devrait permettre aux enseignants de mener des vies réellement gratifiantes.
Ce colloque propose donc de repenser la figure de l’enseignant de manière à permettre à ce métier, ce travail, cette profession, de renouer avec son caractère « vocationnel ». S’il est un métier « incarné », porté par un engagement profond pour le devenir humain et social, c’est bien celui de l’enseignement : il s’agit donc dans ce colloque de repenser cette figure de l’enseignant à la lumière des différentes manifestations historiques, mythologiques ou réelles dans le but de chercher à la penser différemment.
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