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La limite seuil ou les langages des mondes

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Pierre-Antoine PONTOIZEAU : Institut de Recherches de Philosophie Contemporaine

Résumé de la communication

L’intuition de Ladrière exposée dans son œuvre majeure « Les limitations internes des formalismes. Étude sur la signification du théorème de Gödel » (LLIF) croise l’enseignement d’Husserl dans la Krisis et de Gödel dans ses théorèmes. Nous proposerons l’étude de quelques extraits des pages les plus emblématiques de (LLIF), tout particulièrement son chapitre X, Suggestions philosophiques, légitimant l’intérêt de cette position qui réunit la phénoménologie transcendantale et la logique mathématique, voire la théorie des concepts qui s’ensuivit dans les travaux de Gödel.

Or, cette science des limites retient une définition particulière héritière du projet galiléen affirmant qu’il existe un langage universel décrivant totalement un monde unique : les mathématiques. Nous montrerons que Ladrière prolonge une tradition philosophique et théologique où s’articulent des niveaux de langages relativement à des mondes dont les origines remontent à des figures telles N. de Cues et à son œuvre magistrale La docte ignorance qui fit jonction entre la théologie médiévale et la Renaissance exposant un sens de la limite de la raison. Cette pensée de la limite induit celle de la finitude de certains types de connaissance et de seuils au-delà desquels il appartient à l’homme de faire le choix d’autres relations aux langages en aspirant à d’autres perceptions des mondes qui l’environnent. Là, le lien entre Ladrière et quelques théologiens contemporain de premier plan paraît intéressant à souligner. Nous expliquerons ses liens avec Théologie systématique de P. Tillich dont tout particulièrement son Introduction à la première partie Raison et révélation publiée en 1951.

Nous conclurons sur les enseignements de ce qu’il convient de nommer les langages des mondes qui ne sont pas un renoncement ou une critique de la raison, mais son accomplissement et une ouverture vers une nouvelle ère épistémologique de la pensée occidentale et reviendrons sur quelques enseignements d’A. Grothendieck dans ses Réflexions et témoignage sur un passé de mathématicien.

Résumé du colloque

2017 marque le 10e anniversaire de la mort du philosophe belge Jean Ladrière (1921-2007) et le 50e anniversaire de son ouvrage séminal, Les limitations internes des formalismes. Étude sur la signification du théorème de Gödel et des théorèmes apparentés dans la théorie des fondements des mathématiques (Louvain, Nauwelaerts / Paris, Gauthier-Villars). Son œuvre importante, reconnue internationalement, touche à tous les domaines de la philosophie. Parmi les thèmes structurants de cette œuvre, on trouve celui de la limite : chaque domaine de la rationalité met en lumière une limite constitutive qui en indique l’essentielle incomplétude et son ouverture à une nouvelle dimension du réel. Chez Ladrière, l’émergence d’une région frontière évoque une limite qui fait entendre un discours paradoxal apte à faire voir la limite depuis l’intérieur même de la limite. Ce discours pose la question de l’au-delà de la limite et de la possibilité d’y accéder par de nouveaux modes émergents du discours. Ainsi, la philosophie de Ladrière s’articule autour du ternaire dynamique des limites, de leur dépassement et de l’articulation des différents registres du sens. Sont mises en lumière une variété de limites affectant autant la raison théorique que la raison pratique (action) et qui concernent toutes les dimensions de la réflexion philosophique : l’épistémologie et la critique de la science, les diverses formes de rationalité, la philosophie du langage, l’anthropologie philosophique, la philosophie de la nature, la philosophie sociale et politique, la philosophie de l’action et l’éthique, la philosophie de l’histoire, la philosophie de la religion ainsi que l’ontologie. C’est dire la diversité des portes d’entrée qu’elle ouvre et la variété des pistes d’exploration qu’elle propose. Par-delà ces divers champs, c’est une problématique de la limite comme caractéristique essentielle de l’expérience de la modernité tardive qui se fait valoir. S’esquisse ainsi une critique de la modernité qui, sans pour autant renoncer à cette dernière, fait ressortir à la fois l’incontournable finitude de toute entreprise humaine et l’irréductibilité de la visée illimitée qui sous-tend l’existence humaine.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 11 mai 2017

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