pen icon Colloque
quote

La limite : une redéfinition des conditions transcendantales

MB

Membre a labase

Mathilde Bataille : Université catholique de Louvain

Résumé de la communication

La limite : une redéfinition des conditions transcendantales

Si « la limite ne nous apparaît, écrit Ladrière, que sur le fond de l’illimité », c’est qu’elle est le lieu non seulement d’une dialectique du fini et de l’infini, mais d’une synthèse transcendantale que le concept de « limitation interne » a fait se constituer en problème. Comment en effet demeurer dans une pensée de l’apriorité là où les objets du transcendantal ne manifestent leur intelligibilité qu’en référence à une instance qui transcende toute limite imposée par le constitué ? Autrement dit, comment un concept internaliste de limite peut-il ouvrir la voie à l’invention, c’est-à-dire à une conception où la limite devient la condition transcendantale de l’ouverture du monde à l’intelligible ? Pour mieux comprendre ce renversement et à l’effet de vérifier si l’abîme qui sépare le « passage à la limite » du « passage à l’inconditionné » ne résulte pas d’une conception inexacte parce qu’en un sens limitée, il faut revenir à la définition même de la limite et montrer qu’elle est le point de départ d’une théorie présentant un plus haut degré de généralisation.

La limite, en ce qu’elle abrège et tout à la fois transgresse, est porteuse d’une dualité dont les termes se manifestent, négativement pour l’un, par la découverte au travers des « faits de limitation », de l’incomplétude des formalismes ; positivement pour l’autre, par « la possibilité de construire des systèmes indéfiniment extensibles ». Mais partant de l’idée que les conditions transcendantales, loin de s’identifier à un champ à priori du résoluble, renvoient au contraire à un acte fondamentalement créatif d’où il suit une productivité sémantique des systèmes formels, ne pourrait-on voir dans la limite la source d’une conception herméneutico-transcendantale de la raison, montrant ainsi la possibilité de dégager de l’expérience que nous faisons des limites une phénoménologie de la limite ?

Si la question qui structure notre propos reste celle du passage du conditionné à l’inconditionné, nous tenterons d’élucider le comment d’un tel accès, et par suite, d’établir que la phénoménologie à laquelle nous prétendons relève d’une phénoménologie de l’invisible dont le réquisit est qu’à une structure à priori d’intelligibilité correspond une force qui, « sur la “limite” traverse le monde de part en part sans s’y lier en aucun point particulier ». C’est en toute analogie, que nous posons ici qu’aux « idées-limite » de la raison correspond un effort de construction qui, sur le plan de l’événement et a fortiori de l’existence, découvre les « extensions potentiellement fécondes du constitué ».

Résumé du colloque

2017 marque le 10e anniversaire de la mort du philosophe belge Jean Ladrière (1921-2007) et le 50e anniversaire de son ouvrage séminal, Les limitations internes des formalismes. Étude sur la signification du théorème de Gödel et des théorèmes apparentés dans la théorie des fondements des mathématiques (Louvain, Nauwelaerts / Paris, Gauthier-Villars). Son œuvre importante, reconnue internationalement, touche à tous les domaines de la philosophie. Parmi les thèmes structurants de cette œuvre, on trouve celui de la limite : chaque domaine de la rationalité met en lumière une limite constitutive qui en indique l’essentielle incomplétude et son ouverture à une nouvelle dimension du réel. Chez Ladrière, l’émergence d’une région frontière évoque une limite qui fait entendre un discours paradoxal apte à faire voir la limite depuis l’intérieur même de la limite. Ce discours pose la question de l’au-delà de la limite et de la possibilité d’y accéder par de nouveaux modes émergents du discours. Ainsi, la philosophie de Ladrière s’articule autour du ternaire dynamique des limites, de leur dépassement et de l’articulation des différents registres du sens. Sont mises en lumière une variété de limites affectant autant la raison théorique que la raison pratique (action) et qui concernent toutes les dimensions de la réflexion philosophique : l’épistémologie et la critique de la science, les diverses formes de rationalité, la philosophie du langage, l’anthropologie philosophique, la philosophie de la nature, la philosophie sociale et politique, la philosophie de l’action et l’éthique, la philosophie de l’histoire, la philosophie de la religion ainsi que l’ontologie. C’est dire la diversité des portes d’entrée qu’elle ouvre et la variété des pistes d’exploration qu’elle propose. Par-delà ces divers champs, c’est une problématique de la limite comme caractéristique essentielle de l’expérience de la modernité tardive qui se fait valoir. S’esquisse ainsi une critique de la modernité qui, sans pour autant renoncer à cette dernière, fait ressortir à la fois l’incontournable finitude de toute entreprise humaine et l’irréductibilité de la visée illimitée qui sous-tend l’existence humaine.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 11 mai 2017

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :