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La politique du vivant comme monde de l’« en-commun » chez Achille Mbembe

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Guillaume G. Poirier : Université de Montréal

Résumé de la communication

Au travers d’une lecture de Foucault faisant prédominer le concept de performativité, je voudrais considérer les déplacements récents de la notion de biopouvoir opérés notamment par les études portant sur l’esclavagisme et la mutation de la domination masculine qu’a encourus le premier capitalisme. L’analyse historique de la chasse aux sorcières de Silvia Federici pose en effet que le passage, découvert par Foucault, d’un régime du droit de tuer à un ordre biopolitique administrant les forces vitales d’une population répond en fait à des problèmes d’accumulation et de reproduction de la force de travail, problèmes générés suite aux nombreuses attaques d’un pouvoir par la mort contre les savoirs reproductifs des femmes. De même, l’exemple du colonialisme et de l’esclavagisme moderne montre assez bien comment le goût génocidaire a été l’envers d’une politique du vivant. Dans la lignée de cette critique postcoloniale du biopouvoir, je voudrais finalement proposer une réflexion sur le projet récent d’Achille Mbembe qui vise une généalogie du commun au travers «d’une politique du vivant par-delà l’humanisme», position cherchant à penser nos relations sur la base d’une réciprocité, d’une vulnérabilité et d’une finitude communes. Il s’agirait donc de reconnaitre la nécessité de réanimer une mémoire collective pour pouvoir imaginer un monde commun, geste qui entretient une affinité avec la pensée de Fanon, pour qui l’humanité commence par la capacité primordiale de se laisser affecter par autrui et implique l’établissement d’une relation de soin. Mbembe pose donc la question de savoir s’il nous est possible de rencontrer l’Autre d’une autre manière que sous le mode de l’objet instrumental, et vise par-là une politique du monde de l’en-commun et du semblable, par opposition aux démocraties de la «juxtaposition des singularités» ou de l’intégration des différences.

Résumé du colloque

La notion de « commun » cristallise depuis plusieurs années un ensemble de réflexions en sciences sociales extrêmement fécondes qui s’inscrivent aussi bien dans le champ de l’économie politique que dans celui du droit, de la sociologie ou de la science politique. Qu’elles s’organisent autour de l’eau, des logiciels libres, de la pratique démocratique ou du vivant, d’autres façons de vivre ensemble, par-delà le marché et l’État, apparaissent aujourd’hui en alternative au système capitaliste. Ce sont ces nouveaux espaces de pratique et horizons de réflexion, ces autres manières d’aborder et de penser la vie en commun que la notion invite à investiguer. Rencontrant un intérêt croissant tant au sein de la société civile que dans le monde universitaire, le commun permet ainsi de réfléchir de manière constructive à la crise sociale, politique et écologique traversée par les sociétés contemporaines en situant d’emblée les sciences sociales sur le terrain positif de la proposition. Dans cet esprit, ce colloque entend explorer les nouveaux espaces et horizons du commun à partir d’approches autant théoriques qu’empiriques.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 11 mai 2017

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