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Cathy Belzile : Université Laval
Les modèles de gestion de la production et de l’organisation du travail mobilisés par la quête de flexibilité des entreprises ont entre autres modifié les pratiques contractuelles et salariales et ont accru l’emploi atypique. Des entreprises ont choisi d’externaliser des activités de production, des activités périphériques ou de recrutement, créant alors deux grandes catégories de travailleurs : les travailleurs internes, directement engagés par l’entreprise et les travailleurs externes, provenant d’une agence ou travaillant pour une entreprise sous-traitance. La configuration de la relation d’emploi de ces derniers s’écarte du modèle traditionnel. La présente communication abordera les stratégies d’externalisation qu’il est possible de retrouver dans la filière de la volaille, soit la sous-traitance et le travail en agences, mais sous l’angle des impacts qu’elles peuvent avoir sur les conditions de travail et d’emploi. Par ailleurs, puisque cette organisation en filière implique une chaîne d’approvisionnement, cette présentation offrira la possibilité de vérifier si la position de l’entreprise au sein de cette chaîne, soit une position se situant entre l’entreprise pivot et le sous-traitant de dernier niveau, fait varier les conditions de travail et d’emploi.
Les résultats qui seront présentés s’appuient sur une étude terrain qui a débuté au cours de l’été 2016. Elle comporte une étude de cas multiple comprenant la documentation de la filière de la volaille, une visite d’usine et des entretiens réalisés auprès de différents acteurs, de divers niveaux, travaillant pour une variété d’usines. Lors de ces entretiens, des employeurs (vice-présidence, direction d’usine, direction des ressources humaines, etc.), des travailleurs (personnel régulier d’usines pivots et sous-traitantes, personnel étudiant, d’agences, syndicats, etc.) et des responsables d’organismes ont été rencontrés. Ensuite, les conventions collectives de cette filière ont été analysées. Enfin, les offres d’emploi publiées par les entreprises elles-mêmes ou par des agences pour combler des besoins de main-d’œuvre permanents ou temporaires ont été recensées et examinées.
De manière croissante, le travail contemporain s’effectue non plus dans le cadre de la relation d’emploi classique entre un salarié et un employeur, mais au sein de nouvelles configurations organisationnelles transversales aux entreprises : sous-traitance, travail en intérim, travail indépendant. Ces configurations ont pour effet de fragmenter les collectifs de travail et de bouleverser le cadre de la relation d’emploi, avec des conséquences importantes sur le travail, l’emploi et l’action collective. Paradoxalement, alors que les rapports sociaux de travail dépassent les frontières de l’entreprise, les dispositifs de protection et de représentation des travailleurs (surtout en Amérique du Nord), tout comme la majeure partie des travaux scientifiques sur le travail et l’emploi, continuent de prendre l’entreprise pour unité d’analyse et d’action. Pour comprendre les relations d’emploi contemporaines, il apparaît donc nécessaire de déplacer l’objet de l’analyse du plan de l’entreprise à celui du secteur ou de la chaîne de valeurs, ce qui permet de prendre en compte la nature des relations entre les entreprises et entre elles, et leurs différents types de main-d’œuvre. En outre, c’est souvent à ce niveau que se développent les innovations en matière de protection sociale et de dialogue social.
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