Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Pierre Rajotte : Université de Sherbrooke
La connaissance que nous avons d’une expérience rituelle est largement tributaire du témoignage ou du récit qui nous la donne à connaître. De ce truisme, on pourrait être tenté d’inférer qu’étudier le récit, à l’aide d’un savoir théorique et méthodologique, conduit nécessairement à une meilleure compréhension de l’expérience. Or, le présent colloque, qui porte sur l’opposition implicite entre la pratique des agents rituels et la théorie des chercheurs, m’incite à me questionner sur ce chainon souvent indispensable entre la pratique et la théorie, à savoir le récit qui témoigne de la pratique et sur lequel peut s’appliquer la théorie. L’analyse du récit implique-t-elle que la connaissance que nous avons de l’expérience rituelle est forcément médiate? La théorie nous donne-t-elle une meilleure connaissance de la mise en récit que de l’expérience proprement dite, confondant du coup le moyen et la fin, ou au contraire, rend-elle possible une meilleure compréhension de l’expérience grâce à l’interprétation du récit qu’elle permet? La présente communication vise à explorer cet écart épistémologique entre l’expérience et sa mise en récit. À partir d’un extrait du récit Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi (2013) de l’écrivain, académicien et pèlerin Jean-Christophe Rufin, elle tentera de cerner la connaissance et la compréhension que l’étude du récit nous donne de l’expérience rituelle du pèlerinage à pied sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Des recherches récentes dans le domaine des études rituelles suggèrent que les rites doivent être étudiés « rituellement » (McGann) et considérés « en eux-mêmes », de « leur propre droit » (Handelman et Lindquist), de façon à dépasser l’opposition implicite de la pratique des agents rituels à la théorie des chercheurs (Bell). Certains auteurs arrivent même à proposer l’abandon de « l’athéisme méthodologique » et l’engagement d’un « théisme méthodologique » (Piette).
En se concentrant sur l’écart épistémologique qui s’installe entre la pratique rituelle et les théories scientifiques sur les rites, ce colloque se propose de faire avancer les connaissances au-delà de l’impasse qui semble les faire s’arrêter précisément devant les connaissances pratiques et intuitives des rites eux-mêmes. En d’autres termes, il s’agit dans ce colloque de mettre en question l’écart entre les savoirs « internes » et les savoirs « externes » aux rites, et ce, dans le but de soulever les enjeux épistémologiques et méthodologiques liés à l’étude interdisciplinaire des rites. Si les rites sont des jeux linguistiques caractérisés par une multiplicité de langages (verbaux, gestuels, iconiques, musicaux, etc.) mobilisés de façon simultanée, l’étude critique des rites gagne à être interdisciplinaire (sociologie, anthropologie, sciences des religions, théologie, études liturgiques, littérature, musique, arts, etc.) non seulement afin d’arriver à une description plus exhaustive de l’action rituelle de l’extérieur, mais aussi afin d’accorder une place aux sens et aux significations internes au rite lui-même.
Ce colloque désire entrer dans ce débat dans le but de faire avancer les connaissances dans le domaine des études rituelles, notamment par le biais de la discussion méthodologique.
Qu’est-ce que l’on entend par rite? Quelle est la part du religieux dans les rites profanes? Ou encore, quelle est la part du profane dans les rites religieux? Et où passe la frontière entre le religieux et le séculier? Et qu’est-ce que l’on entend par « religieux » dans ce contexte? Qu’est-ce que l’utilisation de la notion rite dit de notre conception des sciences humaines? Quel rapport s’établit entre nos pratiques de recherche et d’enseignement sur les rites et la manière dont les rites sont élaborés, transmis et réinventés par les agents rituels eux-mêmes? Les agents rituels ritualisent à partir de connaissances « internes » aux rites, souvent des connaissances pratiques très complexes. Prendre en considération les connaissances internes revient-il nécessairement à se laisser « mystifier » par le rite (voir le différend entre Lévi-Strauss et Mauss sur le hau des Maoris)? Toutes ces questions renvoient à la nécessité contemporaine de redécouvrir et développer une « raison sensible » (Maffesoli), et non simplement une raison détachée. Elles exigent que l’on reprenne la réflexion épistémologique ainsi que le débat méthodologique dans le domaine des études du rite.
Titre du colloque :
Thème du colloque :