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Virginie Beaulieu : UQAM - Université du Québec à Montréal
Ma communication porte sur le développement personnel (DP). Plus exactement, je m’intéresse à la façon de conceptualiser ce phénomène social dont l’important foisonnement dans le monde contemporain est un de plus en plus identifié par les chercheurs en sciences sociales. En sociologie, le DP est généralement compris comme un nouveau mode de socialisation, voire une nouvelle forme de régulation des conduites et appréhendé comme le signe d’un malaise culturel. Si le DP est le plus souvent rattaché à un phénomène de culture populaire, la thèse voulant que le DP vient, en période contemporaine, remplacer la religion. Bien que cette posture représente la position théorique la plus largement adoptée à l’égard de cet objet, il importe de noter que celle-ci ne fait pas consensus. Une revue de la littérature permet d’observer que le DP est tantôt associé au domaine du « non religieux », tantôt à celui du « religieux » ; en effet, plusieurs spécialistes des questions et enjeux liés à la religion effectuent un rapprochement entre DP et religion. Puisant son intuition dans les conclusions de mes études de maîtrise, je suggère que le DP représente une expression des transformations connues par la religion dans le monde contemporain. Par le biais de l’approche en sociologie des religions développée par Thomas Luckmann dans The Invisible Religion (1967), je comprends le DP telle une « nouvelle forme sociale de religion » qui se manifeste aujourd’hui comme une religion invisible.
Si les premiers penseurs des sciences sociales des religions (Tylor, Durkheim) se sont d’abord penchés sur les sociétés dites « primitives », c’est parce qu’implicitement ils assimilaient culture et religion. Les travaux de Weber sur les liens entre religion et système économique participent de cette perspective, bien qu’élargissant la notion de culture. Les études sur les monothéismes et leurs prétentions universalistes amènent toutefois à s’interroger sur l’articulation entre le religieux et le culturel. L’intérêt que les sociétés occidentales portent aux traditions liées à des aires culturelles du Sud a également mis en évidence l’influence du paradigme chrétien sur la définition même de la religion. Alors que, dans la foulée de la modernité et de la globalisation, le thème de la dissociation religion/culture constitue désormais une rhétorique partagée par les acteurs religieux, force est de constater que les religions elles-mêmes tendent à repenser la pertinence et l’opportunité de s’inscrire dans des systèmes culturels locaux (théorie de l’inculturation catholique, réappropriation des idiomes locaux par les pentecôtismes, construction d’un islam moderniste, etc.) et, le cas échéant, les modalités de cette insertion. La sécularisation et la diversification religieuse des sociétés contemporaines complexifient le paysage en favorisant l’apparition de combinaisons symboliques rendues inédites par des jeux d’innovation du croire et de la pratique. Certains auteurs identifient des traits de religiosité dans des pratiques de l’ordinaire apparemment sécularisées. Un tel chevauchement se diffracte également dans les choix et modèles d’inclusion du religieux dans le lien social. Ce colloque organisé par la Société québécoise pour l’étude de la religion se veut un espace d’échanges interdisciplinaires sur les articulations et tensions qui animent la dynamique religion et culture.
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