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Le procès d’actes criminels scandaleux en tant que rituel de contrôle social : quel futur pour le droit moderne et la subjectivité populaire?

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Vincent Dalpé : Université McGill

Résumé de la communication

Dans Surveiller et punir, Foucault décrit notamment l’exécution publique sous l’angle du vécu : la foule le reçoit avec une forme de fascination macabre et, surtout, avec passion. D’autres auteurs (Evans, Hay et Comaroff) abordent aussi le procès pénal sous l’angle du rituel. Tout comme Foucault, ces derniers en concluent que les connaissances intuitives des participants – la pleine subjectivité de leur expérience – sont au cœur de la réussite de ce rituel. Ces auteurs, au surplus, en concluent que ce rituel sert ultimement la fin politique qu’est le contrôle social.

Cette présentation entrevoit l’étude de cas du droit pénal international, percevant ce dernier en tant que prolongation de ce projet politique de contrôle social – cette fois sur l’atrocité de masse. Alors que la finalité du contrôle soit recherchée, ce projet semble toutefois souffrir d’un manque de sensibilité envers les subjectivités de ses participants (Clarke, Osiel): le droit international demande des populations post-génocidaires (habituellement non-occidentales) un procès pénal à l’occidental, style de procès manquant généralement de rejoindre la population dans ses passions pour des raisons culturelles. Il semble ainsi que les connaissances externes développées par les chercheurs (soit la capacité au contrôle social) soient ici appliquées d’une manière lourdement déconnectée des connaissances internes reflétant l’expérience intuitive des participants.

Résumé du colloque

Des recherches récentes dans le domaine des études rituelles suggèrent que les rites doivent être étudiés « rituellement » (McGann) et considérés « en eux-mêmes », de « leur propre droit » (Handelman et Lindquist), de façon à dépasser l’opposition implicite de la pratique des agents rituels à la théorie des chercheurs (Bell). Certains auteurs arrivent même à proposer l’abandon de « l’athéisme méthodologique » et l’engagement d’un « théisme méthodologique » (Piette).

En se concentrant sur l’écart épistémologique qui s’installe entre la pratique rituelle et les théories scientifiques sur les rites, ce colloque se propose de faire avancer les connaissances au-delà de l’impasse qui semble les faire s’arrêter précisément devant les connaissances pratiques et intuitives des rites eux-mêmes. En d’autres termes, il s’agit dans ce colloque de mettre en question l’écart entre les savoirs « internes » et les savoirs « externes » aux rites, et ce, dans le but de soulever les enjeux épistémologiques et méthodologiques liés à l’étude interdisciplinaire des rites. Si les rites sont des jeux linguistiques caractérisés par une multiplicité de langages (verbaux, gestuels, iconiques, musicaux, etc.) mobilisés de façon simultanée, l’étude critique des rites gagne à être interdisciplinaire (sociologie, anthropologie, sciences des religions, théologie, études liturgiques, littérature, musique, arts, etc.) non seulement afin d’arriver à une description plus exhaustive de l’action rituelle de l’extérieur, mais aussi afin d’accorder une place aux sens et aux significations internes au rite lui-même.

Ce colloque désire entrer dans ce débat dans le but de faire avancer les connaissances dans le domaine des études rituelles, notamment par le biais de la discussion méthodologique.

Qu’est-ce que l’on entend par rite? Quelle est la part du religieux dans les rites profanes? Ou encore, quelle est la part du profane dans les rites religieux? Et où passe la frontière entre le religieux et le séculier? Et qu’est-ce que l’on entend par « religieux » dans ce contexte? Qu’est-ce que l’utilisation de la notion rite dit de notre conception des sciences humaines? Quel rapport s’établit entre nos pratiques de recherche et d’enseignement sur les rites et la manière dont les rites sont élaborés, transmis et réinventés par les agents rituels eux-mêmes? Les agents rituels ritualisent à partir de connaissances « internes » aux rites, souvent des connaissances pratiques très complexes. Prendre en considération les connaissances internes revient-il nécessairement à se laisser « mystifier » par le rite (voir le différend entre Lévi-Strauss et Mauss sur le hau des Maoris)? Toutes ces questions renvoient à la nécessité contemporaine de redécouvrir et développer une « raison sensible » (Maffesoli), et non simplement une raison détachée. Elles exigent que l’on reprenne la réflexion épistémologique ainsi que le débat méthodologique dans le domaine des études du rite.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 11 mai 2017

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