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L’énonciation au sein des « Contes amoureux par Madame Jeanne Flore » : prise de parole collective et parler de femme

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Marie Raulier : Université McGill

Résumé de la communication

Les Comptes amoureux par Madame Jeanne Flore, touchant la punition que faict Venus de ceulx qui contemnent & mesprisent le vray Amour (ca 1542), petit recueil de récits courts paru dans la première moitié du XVIe siècle à Lyon, s’inscrit dans la foulée du Décaméron de Boccace (ca 1349-1353), tout comme en France Les Cent Nouvelles nouvelles (1462) ou l’Heptaméron de Marguerite de Navarre (publié en 1558), mais il s’en différencie en raison notamment de sa cornice: ce ne sont que des femmes qui sont réunies pour conter chez Jeanne Flore. Prenant elle-même la parole pour «blasme[r] icy l’impareil mariaige », désirant faire parler des femmes dont le propos est d’histoires de femmes, alors que le monde livresque est alors presque exclusivement masculin, Jeanne Flore illustre un exemple d’irrégularité en termes de prise de parole. Quels processus énonciatifs sont mis en place ? Comment sont mises en scène les prises de paroles féminines ? Quelles sont les particularités du parler féminin? Cette communication vise analyser les transferts de parole, fictifs, auctoriaux et éditoriaux, entre collectivités et individualités féminines, dans les Contes amoureux de Madame Jeanne Flore. Ces imbrications de transferts de paroles qui résultent en un assemblage compliqué sont, à notre avis, pour le moins symptomatiques de la difficile, mais émergente, prise de parole féminine à l’époque, en plaçant au centre de l’œuvre la question «Qui parle?».

Résumé du colloque

À une époque où il est encore malséant pour les femmes de prendre la parole publiquement, surtout pour discuter de matières controversées ou pour formuler la critique de décisions ou de personnages politiques ou religieux, on peut se demander comment, dans les imprimés français de la première modernité, on fait parler une figure féminine ou un groupe anonyme de femmes, notamment lorsque celles-ci sont de basse extraction sociale. Qu’il s’agisse de locutrices agissant comme protagonistes au sein d’un récit ou d’un « je » féminin qui semble se confondre avec une instance auctoriale, ces « voix » féminines présentent une grande diversité d’ethe. Quels types de personae les ventriloques — qu’il s’agisse de rédacteurs féminins ou masculins — élaborent-ils dans leurs écrits? Comment ces prises de parole au féminin se transforment-elles selon les contextes et les périodes? Quelles formes textuelles (écrits en prose ou versifiés, prophéties, caquets, dialogues, lettres, etc.) privilégie-t-on pour faire entendre ces voix féminines marginales et parfois dissidentes? Le travestissement textuel, c’est-à-dire les phénomènes de ventriloquie entendue ici métaphoriquement comme « le procédé au moyen duquel un rédacteur anonyme fait entendre une voix prétendument véritable1 » et autre que la sienne, soulève plusieurs interrogations relatives à l’auctorialité féminine. Brouillant les repères identitaires, ces procédés de ventriloquie complexifient les enjeux génériques et semblent mettre radicalement en question l’essentialisation des notions d’« écriture féminine » et de « parler femme ».

1 Jean-Philippe Beaulieu, « La voix de la maréchale d’Ancre. Effets de ventriloquie dans quelques pamphlets de 1617 », dans David Martens (dir.), La Pseudonymie dans la littérature française. De François Rabelais à Éric Chevillard, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2016.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 11 mai 2017

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