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Gregory Giraudo-Baujeu : ENS de Lyon
A partir d’un travail doctoral qui s’est intéressé à l’étude d’insertions professionnelles de femmes et d’hommes originaires des pays du Maghreb et d’Afrique subsaharienne dans le travail intérimaire en France, nous nous proposons d’aborder la question du racisme en tant qu’épreuve. Notre approche nous amènera à nous intéresser à la gestion subjective du racisme, au travers des manières de vivre le racisme, mises en exergue par les modes de narration des expériences des hommes et femmes, et observer ainsi, l’expression d’inégalités « par le bas ». L’objectif sera ici de mettre en avant la pluralité des « réponses » et réactions individuelles et collectives face au racisme et aux discriminations. Une diversité qui semble répondre à plusieurs variables, notamment au rapport à l’activité des femmes et des hommes, aux formes d’expression empruntées par le racisme et les discriminations, mais également à la fréquence des expériences : si le racisme au travail peut apparaître comme un tournant décisif dans les parcours, il n’est parfois qu’une malheureuse « retrouvaille » dans les biographies de ces femmes et hommes. Se mettent alors en place, avec plus ou moins de facilité ou de succès, des stratégies individuelles et collectives s’inscrivant dans deux postures majeures que nous identifierons et détaillerons : faire avec le racisme (l’exil, l’esquive, le retournement du stigmate) et faire face au racisme (la réaction par le travail, la lutte, la résistance et l’engagement).
La croissance des inégalités sociales en Amérique du Nord et en Europe a fait l’objet, ces dernières années, d’une analyse approfondie par des chercheurs de renom en économie (Piketty, 2013; Stiglitz, 2012). Si ces études montrent la croissance notable des écarts de revenu et contribuent à remettre au jour la question des inégalités, elles tendent néanmoins à offrir une lecture sociologique des inégalités sociales simplifiée, en contribuant à nourrir une représentation binaire du monde social où règne une fracture entre le 1 % des plus puissants et la masse indifférenciée des 99 %, et en laissant ainsi de côté la « longue cascade d’inégalités plus fines » (Dubet, 2014) qui s’observent entre les grandes inégalités de conditions. Ce colloque propose de se saisir de l’actualité de la question des inégalités afin de les aborder et les réfléchir « par le bas ». Étudier les inégalités sociales « par le bas » signifie : 1) de les appréhender comme des processus dynamiques, ce qui, à rebours des approches totalisantes ou surplombantes, permet de saisir les mobilités et réversibilités qui se font souvent à petite échelle, entre les grands écarts de condition; 2) d’accorder un statut légitime à la « face subjective des inégalités sociales » (Drulet, 2011) et notamment au ressenti des inégalités, et cela, en prêtant une attention particulière aux « petites inégalités »; et 3) de saisir le caractère éminemment relatif des inégalités sociales en mettant à jour la manière dont les acteurs mesurent leurs aspirations et les différents affronts auxquels ils font face en se comparant soit à « leurs semblables », soit à ceux qu’ils jugent distincts et éloignés de soi. Ce colloque cherche donc à mieux comprendre, par la restitution d’enquêtes empiriques, la manière dont les petites inégalités sociales s’expriment dans les subjectivités, les pratiques et les interactions de la vie quotidienne en vue d’éclairer leurs conditions sociales de (re)production ainsi que leurs effets.
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