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Sandrine Turcotte : UQO - Université du Québec en Outaouais
La communauté d'apprentissage est un groupe d'apprenant-e-s avec au moins un éducateur ou une éducatrice qui travaillent ensemble à atteindre des buts communs partant d'une interrogation ou d'un horizon partagé. Cette communauté prend assise sur trois attitudes fondamentales des personnes qui en font partie soit l'attention, l'entraide et le dialogue. Comment soutenir le développement de ces attitudes chez les futurs.es enseignants.es au Québec durant leur formation initiale ? Notre présentation vise à présenter, à partir d'exemples concrets, comment les fondements théoriques de la communauté d'apprentissage sont mis en place auprès d'un groupe de futurs.es enseignants.es dans le contexte de leur formation initiale et en quoi cela facilite leur insertion professionnelle en fin de parcours universitaire.
Ces modèles collaboratifs émanent des sciences de l’apprentissage, plus particulièrement des perspectives socioculturelles développées à partir des travaux de Vygotsky (1978). Vygotsky fut le premier à théoriser, vers 1925, la dimension sociale du champ de la psychologie. Depuis, le contexte culturel n’a cessé de prendre de l’importance dans les travaux scientifiques de cette même discipline. La mise en œuvre réussie d’une communauté d’apprentissage ou d’une communauté de pratique dans un système éducatif (classe, école, commission scolaire ou établissement postsecondaire) modifie la dynamique du groupe-classe ou de la culture institutionnelle. Selon la théorie historicoculturelle de l’activité (CHAT), cela ne peut se produire sans l’agentivité des acteurs concernés et sans créer des tensions dans un système d’activité et entre des systèmes d’activités. Ces tensions/contradictions doivent être analysées et des pistes de résolution repérées pour que l’innovation souhaitée puisse se produire et s’installer de manière durable (Engeström, 1987, 2015). Ce cadre conceptuel permet d’interpréter la relation entre les individus et leur environnement social et historique comme une seule et même unité d’analyse. Le réseau PERISCOPE (Plateforme Échange, Recherche et Intervention sur la SCOlarité: Persévérance et réussitE) en est à sa deuxième année (financement FRQSC 2015-2020). Il a retenu la participation comme fil d’Ariane, et plusieurs de ses membres réalisent des recherches-interventions qui mettent en œuvre ces modes d’organisation à des fins de persévérance et de réussite scolaires. Rappelons que, en salle de classe, les communautés d’apprentissage furent promues à la fin des années 1990 dans la foulée des travaux d’Ann Brown (1994). Au Québec, elles ont ensuite disparu de la littérature grise. Les chercheurs et chercheuses ont continué de les étudier et de les suggérer comme mode d’organisation de la classe primaire, secondaire ou postsecondaire, et ce, que les interactions se déroulent sur place, en ligne ou selon un mode hybride. Pendant ce temps, les communautés d’apprentissage professionnelles sont devenues un mode de formation continue quasi incontournable en Amérique du Nord. Au Québec, la Fondation Chagnon subventionne les commissions scolaires à cette fin. Fullan (2007) et d’autres experts en matière de changement éducatif ont insisté sur le fait que seuls les membres du personnel enseignant peuvent être des agents de changement efficaces, parce que ce sont les seuls à pouvoir changer la culture de leur pratique. Sans aller jusqu’à affirmer, comme l’a fait Hargreaves (2009), que ce n’est qu’en sortant de la classe et en se connectant avec d’autres enseignants et enseignantes que ceux-ci et celles-ci peuvent apprendre, nous reconnaissons, s’agissant de développement professionnel, toute l’importance de la voie de l’échange avec des collègues exerçant la même pratique et œuvrant dans un même contexte. Les communautés de pratique servent aussi à cette fin. Nous ferons le point.