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Julia Itel : Université de Montréal
Avancée par les auteurs américains Paul H. Ray et Sherry R. Anderson, la thèse des Créatifs Culturels1est d’un intérêt particulier pour quiconque étudie les formes de spiritualité non-religieuse (séculière) contemporaine. Représentant à minima 35% de la population en Occident2, et ouvrant une nouvelle voie entre tradition et modernité, les “créateurs de culture” partageraient une conscience globale et des valeurs résolument ultramodernes. Nous situant dans la pensée de Michel de Certeau qui indique qu’une “culture est le langage d’une expérience spirituelle”3, vouée à répondre “aux questions d’un temps”4, nous proposons un portrait de ce groupe socio-culturel comme nouveau paradigme et faisons l’hypothèse que les diverses formes de spiritualité séculière actuelles répondent aux sensibilités de ces individus.
Si les premiers penseurs des sciences sociales des religions (Tylor, Durkheim) se sont d’abord penchés sur les sociétés dites « primitives », c’est parce qu’implicitement ils assimilaient culture et religion. Les travaux de Weber sur les liens entre religion et système économique participent de cette perspective, bien qu’élargissant la notion de culture. Les études sur les monothéismes et leurs prétentions universalistes amènent toutefois à s’interroger sur l’articulation entre le religieux et le culturel. L’intérêt que les sociétés occidentales portent aux traditions liées à des aires culturelles du Sud a également mis en évidence l’influence du paradigme chrétien sur la définition même de la religion. Alors que, dans la foulée de la modernité et de la globalisation, le thème de la dissociation religion/culture constitue désormais une rhétorique partagée par les acteurs religieux, force est de constater que les religions elles-mêmes tendent à repenser la pertinence et l’opportunité de s’inscrire dans des systèmes culturels locaux (théorie de l’inculturation catholique, réappropriation des idiomes locaux par les pentecôtismes, construction d’un islam moderniste, etc.) et, le cas échéant, les modalités de cette insertion. La sécularisation et la diversification religieuse des sociétés contemporaines complexifient le paysage en favorisant l’apparition de combinaisons symboliques rendues inédites par des jeux d’innovation du croire et de la pratique. Certains auteurs identifient des traits de religiosité dans des pratiques de l’ordinaire apparemment sécularisées. Un tel chevauchement se diffracte également dans les choix et modèles d’inclusion du religieux dans le lien social. Ce colloque organisé par la Société québécoise pour l’étude de la religion se veut un espace d’échanges interdisciplinaires sur les articulations et tensions qui animent la dynamique religion et culture.
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