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Sivane Hirsch : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières
C’est en considérant les trois fonctions officielles de l’école – l’instruction, la socialisation et la qualification - que l’on critique souvent les écoles ethno spécifiques et de surcroit, celles qui n’ont pas la reconnaissance légale de l’État. S’il l’on peut clairement distinguer ces deux types d’école en ce qui concerne l’instruction et la qualification, puisque les écoles reconnues (qui sont le plus souvent aussi subventionnées) performent très bien selon les critères proposés par la société à cet égard, il est plus difficile de le faire en ce qui a trait au rôle social que l’école doit jouer. D’ailleurs, l’amalgame entre ces différentes écoles se fait très souvent, en considérant toutes les écoles ethno spécifiques de la même manière. À partir de deux études différentes, l’une au sein même des écoles juives primaires de Montréal et l’autre portant sur les mesures légales qui encadrent les questions de « non fréquentation scolaire » - donc les écoles « illégales » ainsi que la scolarisation à la maison non enregistrée – je propose de réfléchir au rôle que joue l’école dans la transmission d’une identité basée sur l’appartenance à une minorité religieuse. Ces deux études permettent en effet de considérer la perception des communautés elles-mêmes de l’éducation, de leur intégration éventuelle au sein de la société et de la place qu’elles y accordent à la religion.
Le religieux constitue un élément central dans la transmission identitaire à l’intérieur des diasporas et dans l’initiation à la participation citoyenne de leurs membres dans le pays qui les accueille. Les mémoires individuelles et collectives des nouveaux arrivants sont chargées de considérations par rapport à leurs héritages ethnoculturels et religieux qui influencent leurs trajectoires d’intégration dans une société moderne sécularisée et plurielle. Le contact avec cette dernière déclenche souvent une recomposition identitaire chez ces individus qui peut provoquer des mutations de la symbolique du religieux et des changements de leurs pratiques religieuses. Les femmes, en particulier, composent avec les exigences parfois contradictoires des morales traditionnelles et les normes véhiculées par la modernité.
Ce bouleversement identitaire entraîne dans certains cas un cloisonnement des identités autour de marqueurs communautaires et religieux. Ce repli identitaire, engendré par des motivations ou des justifications religieuses, risque d’être instrumentalisé et de devenir la couveuse de frustrations et d’actes de violence. À l’opposé, la société plurireligieuse et pluriculturelle gérée par un État de droit offre aussi l’occasion de multiplier les dialogues intercommunautaires, interreligieux et interculturels dans un environnement pacifié. Ces échanges peuvent mener à des dialogues citoyens, à du prosélytisme, voire à des conversions au sein des communautés diasporiques, ces dynamiques amenant à leur tour leur propre lot de questionnements et d’enjeux.
C’est à travers une approche interdisciplinaire de ces thèmes que le colloque s’interroge sur les reconfigurations des identités religieuses au sein des communautés diasporiques dans un contexte interculturel ou multiculturel, sur les impacts sur les convictions et les pratiques religieuses qu’entraînent ces recompositions identitaires, ainsi que sur les enjeux sociaux et politiques que celles-ci soulèvent. Le colloque prend ainsi la forme d’une journée de conférences divisée en quatre blocs, chacun correspondant à un aspect du thème général : 1) les recompositions identitaires : mutations de la symbolique du religieux et transformation des pratiques; 2) les formes et enjeux des dialogues interreligieux et interculturels dans une perspective citoyenne; 3) les risques d’instrumentalisation de l’identité religieuse à des fins de violence; et 4) la situation particulière des femmes : entre les exigences des morales traditionnelles et modernes.
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