Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Dahlia Namian : Université d'Ottawa
Cette communication porte de manière globale sur les transformations récentes intervenues dans la politique de lutte contre l’itinérance en Amérique du Nord avec l’émergence de l’approche du Logement d’abord (Housing First). Plus spécifiquement, je porterai un regard sur les instruments (outils et procédés techniques) utilisés dans le cadre de la Politique du Logement d’abord pour identifier, classer et sélectionner, parmi l’ensemble de la population sans-abri, la clientèle-cible pouvant bénéficier d’une allocation au logement et d’un soutien relationnel. Après une brève genèse du Logement d’Abord et de la construction de ces instruments, je discuterai, à l’aide de données d’observation participante provenant d’une enquête de terrain au sein d’une équipe de housing casemanagers à Ottawa, des usages et effets qui découlent de « l'instrumentation de l'action publique » (Lascoumes et Legalès, 2012) auprès des personnes sans-abri, c'est-à-dire des procédés techniques qui permettent de matérialiser quotidiennement l'action gouvernementale auprès des populations considérées comme les plus réfractaires aux politiques sociales traditionnelles de « redressement » (moral, social, économique). Au vu des résultats, j’interrogerai plus globalement le rôle de l’État dans la correction des inégalités.
La croissance des inégalités sociales en Amérique du Nord et en Europe a fait l’objet, ces dernières années, d’une analyse approfondie par des chercheurs de renom en économie (Piketty, 2013; Stiglitz, 2012). Si ces études montrent la croissance notable des écarts de revenu et contribuent à remettre au jour la question des inégalités, elles tendent néanmoins à offrir une lecture sociologique des inégalités sociales simplifiée, en contribuant à nourrir une représentation binaire du monde social où règne une fracture entre le 1 % des plus puissants et la masse indifférenciée des 99 %, et en laissant ainsi de côté la « longue cascade d’inégalités plus fines » (Dubet, 2014) qui s’observent entre les grandes inégalités de conditions. Ce colloque propose de se saisir de l’actualité de la question des inégalités afin de les aborder et les réfléchir « par le bas ». Étudier les inégalités sociales « par le bas » signifie : 1) de les appréhender comme des processus dynamiques, ce qui, à rebours des approches totalisantes ou surplombantes, permet de saisir les mobilités et réversibilités qui se font souvent à petite échelle, entre les grands écarts de condition; 2) d’accorder un statut légitime à la « face subjective des inégalités sociales » (Drulet, 2011) et notamment au ressenti des inégalités, et cela, en prêtant une attention particulière aux « petites inégalités »; et 3) de saisir le caractère éminemment relatif des inégalités sociales en mettant à jour la manière dont les acteurs mesurent leurs aspirations et les différents affronts auxquels ils font face en se comparant soit à « leurs semblables », soit à ceux qu’ils jugent distincts et éloignés de soi. Ce colloque cherche donc à mieux comprendre, par la restitution d’enquêtes empiriques, la manière dont les petites inégalités sociales s’expriment dans les subjectivités, les pratiques et les interactions de la vie quotidienne en vue d’éclairer leurs conditions sociales de (re)production ainsi que leurs effets.
Titre du colloque :
Thème du colloque :