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Les inégalités sociales dans la prise en charge de la douleur chronique

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Estelle Carde : Université de Montréal

Résumé de la communication

Une douleur dite chronique interfère sur la vie sociale de l’individu qui en est porteur : elle l’empêche de travailler, rend pénibles ses tâches domestiques, lui ôte tout plaisir à fréquenter des amis, etc. Dans ce contexte, la reconnaissance que fait un professionnel soignant de la plainte douloureuse est cruciale car elle peut aider l’individu à négocier avec les acteurs de son entourage pour leur faire accepter ces interférences dans les diverses sphères de sa vie sociale (milieu de travail, famille, réseau d’amis, etc.) ; à l’inverse, si le professionnel met en doute la réalité de la douleur, ces négociations sont plus difficiles.

De nombreuses études quantitatives décrivent, en Amérique du Nord, la tendance des professionnels à sous-traiter la douleur chronique, en particulier celle des personnes de faible statut socio-économique, des femmes et des personnes issues des minorités racialisées. La recherche qualitative que je mène vise à comprendre pourquoi la plainte douloureuse de ces groupes sociaux est plus susceptible d’être discréditée, et comment cette moindre crédibilité est vécue par ces personnes. Pour ce faire, je rencontre 20 d’entre elles en entretien semi-directif, ainsi que, pour chacune, 2 des professionnels soignants qui les suivent. Les discours recueillis sont analysés dans une perspective intersectionnelle, c’est-à-dire attentive à la co-construction de diverses inégalités, notamment de genre, de statut socio-écononique et de race.

Résumé du colloque

La croissance des inégalités sociales en Amérique du Nord et en Europe a fait l’objet, ces dernières années, d’une analyse approfondie par des chercheurs de renom en économie (Piketty, 2013; Stiglitz, 2012). Si ces études montrent la croissance notable des écarts de revenu et contribuent à remettre au jour la question des inégalités, elles tendent néanmoins à offrir une lecture sociologique des inégalités sociales simplifiée, en contribuant à nourrir une représentation binaire du monde social où règne une fracture entre le 1 % des plus puissants et la masse indifférenciée des 99 %, et en laissant ainsi de côté la « longue cascade d’inégalités plus fines » (Dubet, 2014) qui s’observent entre les grandes inégalités de conditions. Ce colloque propose de se saisir de l’actualité de la question des inégalités afin de les aborder et les réfléchir « par le bas ». Étudier les inégalités sociales « par le bas » signifie : 1) de les appréhender comme des processus dynamiques, ce qui, à rebours des approches totalisantes ou surplombantes, permet de saisir les mobilités et réversibilités qui se font souvent à petite échelle, entre les grands écarts de condition; 2) d’accorder un statut légitime à la « face subjective des inégalités sociales » (Drulet, 2011) et notamment au ressenti des inégalités, et cela, en prêtant une attention particulière aux « petites inégalités »; et 3) de saisir le caractère éminemment relatif des inégalités sociales en mettant à jour la manière dont les acteurs mesurent leurs aspirations et les différents affronts auxquels ils font face en se comparant soit à « leurs semblables », soit à ceux qu’ils jugent distincts et éloignés de soi. Ce colloque cherche donc à mieux comprendre, par la restitution d’enquêtes empiriques, la manière dont les petites inégalités sociales s’expriment dans les subjectivités, les pratiques et les interactions de la vie quotidienne en vue d’éclairer leurs conditions sociales de (re)production ainsi que leurs effets.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 11 mai 2017

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