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Les limites de la rationalité : Immanuel Kant, Nicolas de Cues, Jean Ladrière

JC

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Jean-Michel Counet : Université catholique de Louvain

Résumé de la communication

La thématique des limites de la rationalité occupe un champ important de la philosophie depuis l’époque moderne. Une des références dominantes à ce propos nous est naturellement donnée par la philosophie critique de Kant. Kant trace comme on le sait une ligne de démarcation nette entre phénomène et noumène ; hors du support de l’expérience sensible, aucune connaissance théorique n’est possible, ce qui mène à l’agnosticisme vis-à-vis des grandes questions traditionnelles de la métaphysique.

Un modèle concurrent de finitude de la raison nous est donné par Nicolas de Cues (1401-1464). Tout en annonçant à certains égards l’approche kantienne – à ce titre il suscita d’ailleurs beaucoup d’intérêt parmi l’école de Marbourg, en particulier chez Albert Cohen et Ernst Cassirer – il s’en distancie par le concept de connaissance conjecture. Toute connaissance est en effet une conjecture pour Nicolas de Cues , c’est-à-dire une approximation du vrai, caractérisée par une certaine précision. La précision peut sans cesse être augmentée au cours du progrès de la connaissance, mais un écart subsistera toujours. A cet égard, le suprasensible ne représente pas une difficulté particulière : le sensible, lui aussi, voit son essence et sa vérité ultime être inaccessibles aux prises de l’intelligence humaine. (Etre conscient de cette fondamentale inadéquation du savoir humain à son objet n’est pas autre chose que la docte ignorance. ) Nicolas de Cues est déjà très conscient du fait que l’homme ne peut sortir du monde de ses représentations et que c’est de l’intérieur même de celui-ci qu’il doit pouvoir prendre conscience du progrès de sa connaissance. Qu’est-ce qui fait dès lors qu’une conjecture est supérieure à une autre ? Le fait qu’elle intègre tout ce que la précédente avançait sans que l’inverse soit vrai. Cette conjecture plus vaste ressortit en d’autres termes à un formalisme supérieur.

La communication essaiera de situer la conception que Jean Ladrière se fait des limites de la rationalité théorique par rapport à ces deux grandes références. Est-il plus proche de Kant que de Nicolas de Cues ou l’inverse. Quelle est son originalité sur la question ?

Résumé du colloque

2017 marque le 10e anniversaire de la mort du philosophe belge Jean Ladrière (1921-2007) et le 50e anniversaire de son ouvrage séminal, Les limitations internes des formalismes. Étude sur la signification du théorème de Gödel et des théorèmes apparentés dans la théorie des fondements des mathématiques (Louvain, Nauwelaerts / Paris, Gauthier-Villars). Son œuvre importante, reconnue internationalement, touche à tous les domaines de la philosophie. Parmi les thèmes structurants de cette œuvre, on trouve celui de la limite : chaque domaine de la rationalité met en lumière une limite constitutive qui en indique l’essentielle incomplétude et son ouverture à une nouvelle dimension du réel. Chez Ladrière, l’émergence d’une région frontière évoque une limite qui fait entendre un discours paradoxal apte à faire voir la limite depuis l’intérieur même de la limite. Ce discours pose la question de l’au-delà de la limite et de la possibilité d’y accéder par de nouveaux modes émergents du discours. Ainsi, la philosophie de Ladrière s’articule autour du ternaire dynamique des limites, de leur dépassement et de l’articulation des différents registres du sens. Sont mises en lumière une variété de limites affectant autant la raison théorique que la raison pratique (action) et qui concernent toutes les dimensions de la réflexion philosophique : l’épistémologie et la critique de la science, les diverses formes de rationalité, la philosophie du langage, l’anthropologie philosophique, la philosophie de la nature, la philosophie sociale et politique, la philosophie de l’action et l’éthique, la philosophie de l’histoire, la philosophie de la religion ainsi que l’ontologie. C’est dire la diversité des portes d’entrée qu’elle ouvre et la variété des pistes d’exploration qu’elle propose. Par-delà ces divers champs, c’est une problématique de la limite comme caractéristique essentielle de l’expérience de la modernité tardive qui se fait valoir. S’esquisse ainsi une critique de la modernité qui, sans pour autant renoncer à cette dernière, fait ressortir à la fois l’incontournable finitude de toute entreprise humaine et l’irréductibilité de la visée illimitée qui sous-tend l’existence humaine.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 11 mai 2017

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