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Khaoula ZOGHLAMI : Université de Montréal
Cette communication vise à approfondir la réflexion autour du l’usage du concept d’hybridité pour éclairer l’expérience de vie des jeunes racisé.es vivant en Occident. Puri (2004) met en évidence la tension épistémologique du concept hybridité qui est, d’un côté, porteur d’une connotation essentialiste et d’un héritage raciste, mais qui, de l’autre côté, continue à être utilisé dans les recherches en sciences sociales en favorisant une connotation positive (Wade, 2005). Par ailleurs, le sens négatif de l’hybridité semble avoir été évacué des récentes recherches constructivistes qui s’intéressent à l’identité des Québécois.ses d’origine immigrante et racisée. La référence à la généalogie raciste du concept est ainsi complètement omise et il est seulement question de jeunes « hybrides » (Strandbu, 2005) qui jonglent avec diverses appartenances identitaires(Gallant, 2008, p.42). En m’inspirant des études critiques de la race et des études postcoloniales, je présenterai les limites de ces approches et je plaiderai pour une utilisation décoloniale, résistante et subversive du concept d’hybridité. Je m’appuierai sur les résultats empiriques de mon mémoire portant sur « la lutte pour la reconnaissance des Québécoises de 2e génération portant le foulard islamique » (Zoghlami, 2015) que je discuterai à travers les travaux de Bhabha (2007) pour approcher l’hybridité comme un tiers-espace d’instabilité, de tension et de négociation constante.
Partant du titre du célèbre texte d’Audre Lorde, féministe lesbienne noire états-unienne, ce colloque entend mettre en question les modalités de construction et de transmission des savoirs, connaissances et praxis des groupes marginalisés, qui sont construits comme des problèmes sociaux dans différents contextes. L’objectif principal est de définir comment et quels savoirs-connaissances sont construits et transmis dans ces groupes sur « eux-mêmes » en termes d’enjeux divers, notamment liés à la racisation, le genre, la sexualité, la classe, le handicap, etc. Autrement dit, nous voulons comprendre ce qui se construit comme savoir sur le « soi » et les connaissances « autres » dans les groupes qui semblent socialement et politiquement « faire problème ». Dès lors, nous proposons de nous interroger à la manière de W.E.B. Dubois : « quel effet ça fait d’être un problème? », par quels modes de subjectivation devient-on un problème, et surtout, qui a le pouvoir de désigner, nommer et délimiter le problème?
Alors qu’il existe une large littérature et de nombreux travaux sur la marginalisation de différents groupes (personnes immigrantes, femmes autochtones, personnes réfugiées, etc.), ces études prennent rarement en compte une perspective située. Pourtant, un bon nombre de féministes, principalement les féministes noires, ont soulevé les enjeux liés à la construction du savoir situé et la force de ses perspectives. En effet, les perspectives et questions de recherche sont à considérer autrement lorsqu’il s’agit de travailler avec un groupe donné et non pas sur ce dernier. D’autres normativités, points de vue et praxis sont à visibiliser. Et nos approches et méthodes de recherche sont à repenser.
Nous désirons par ce colloque réunir des chercheurs et chercheuses de différents horizons disciplinaires qui s’intéressent aux enjeux de recherche liés à la représentation, au couple savoir-pouvoir, et aux questions épistémologiques et méthodologiques qu’ils suggèrent.
Titre du colloque :