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Fabrice Fernandez : Université Laval
Au sein des chambres pénales et criminelles, les auditions des personnes cautionnaires constituent des moments forts où liens affectifs et responsabilité pénale sont mis en tension. Ces cautionnaires, souvent proches des accusés, sont invités à s’engager financièrement, civiquement et moralement pour participer au redressement moral des personnes inculpées. Mais durant les auditions ce sont leurs liens affectifs avec les cautionnaires qui sont placés en observation, évalués et finalement jugés comme normaux, déviants ou pathologiques, en orientant ce faisant la décision de justice (liberté sous caution ou détention). A travers une ethnographie de la hiérarchisation morale des engagements affectifs dans une des principales chambres pénales et criminelles du Palais de Justice de Québec (6 mois d’observations intensives et plus de 70 causes), notre objectif est de mieux comprendre lanature ambivalente de cette politique du cautionnement, notamment pour des délits de violences physiques et/ou morales, infractions qui regroupent à elles seules plus de la moitié de l’ensemble des affaires traitées dans cette chambre. Nous montrerons comment les enquêtes sur cautionnement, ce travail ordinaire et méconnue de la justice, produisent des jugements s’appuyant tout autant sur une connaissance des dossiers pénaux que sur l’intime conviction du juge, fondée sur des éléments préréflexifs, moraux, émotionnels voire normatifs sur des familles souvent précarisés et jugées dysfonctionnelles.
La croissance des inégalités sociales en Amérique du Nord et en Europe a fait l’objet, ces dernières années, d’une analyse approfondie par des chercheurs de renom en économie (Piketty, 2013; Stiglitz, 2012). Si ces études montrent la croissance notable des écarts de revenu et contribuent à remettre au jour la question des inégalités, elles tendent néanmoins à offrir une lecture sociologique des inégalités sociales simplifiée, en contribuant à nourrir une représentation binaire du monde social où règne une fracture entre le 1 % des plus puissants et la masse indifférenciée des 99 %, et en laissant ainsi de côté la « longue cascade d’inégalités plus fines » (Dubet, 2014) qui s’observent entre les grandes inégalités de conditions. Ce colloque propose de se saisir de l’actualité de la question des inégalités afin de les aborder et les réfléchir « par le bas ». Étudier les inégalités sociales « par le bas » signifie : 1) de les appréhender comme des processus dynamiques, ce qui, à rebours des approches totalisantes ou surplombantes, permet de saisir les mobilités et réversibilités qui se font souvent à petite échelle, entre les grands écarts de condition; 2) d’accorder un statut légitime à la « face subjective des inégalités sociales » (Drulet, 2011) et notamment au ressenti des inégalités, et cela, en prêtant une attention particulière aux « petites inégalités »; et 3) de saisir le caractère éminemment relatif des inégalités sociales en mettant à jour la manière dont les acteurs mesurent leurs aspirations et les différents affronts auxquels ils font face en se comparant soit à « leurs semblables », soit à ceux qu’ils jugent distincts et éloignés de soi. Ce colloque cherche donc à mieux comprendre, par la restitution d’enquêtes empiriques, la manière dont les petites inégalités sociales s’expriment dans les subjectivités, les pratiques et les interactions de la vie quotidienne en vue d’éclairer leurs conditions sociales de (re)production ainsi que leurs effets.
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