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Les traductions coloniales et (post)coloniales à l’épreuve de la neutralité

MM

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Milouda Medjahed : Université de Montréal

Résumé de la communication

Depuis la nuit des temps, l’histoire est incomplète. J’oserai même dire que l’historiographie est toujours un travail inachevé. L’historiographie est également souvent subjective, car elle est écrite selon un contexte précis. Niranjana T. (1992) ne fait qu’accentuer cette subjectivité lorsqu’elle insiste sur la relecture et la retraduction depuis une perspective postcoloniale. Elle explique comment le choix de mots change d’un contexte à autre et ainsi comment les stratégies de traduction se déploient et par le colonisateur et par les revendicateurs de décolonisation pour atteindre leurs objectifs.
En effet, dans un contexte colonial ou postcolonial, la traduction peut être manipulée pour servir un projet colonial ou un projet de décolonisation. Cette pratique devient donc, dans certains cas, un moyen de collecte d’informations portant sur un lieu et un peuple donnés, ou encore un projet identitaire (Tymoczko : 1999). Ceci correspond au cas de la première traduction française du Livre des Exemples d’Ibn Khaldoun réalisée entre 1847 et 1851 par le baron De Slane, élève de l’orientaliste célèbre Sylvestre de Sacy. Il s’agit d’une traduction purement subjective qui avait comme but d’assurer la présence française en Méditerranée et de mieux contrôler la population de cette région.
Nous explorons dans ce travail le degré de neutralité de cette réalisation à la lumière des travaux de recherches récents portant sur les traductions coloniales et postcoloniales. Nous tâchons ainsi de montrer comment la subjectivité du traducteur, ses décisions et ses motivations sont reliées à tous les éléments contextuels mis en valeur par les théoriciens.

Résumé du colloque

Dans le régime contemporain de production des savoirs, le modèle dominant (positiviste réaliste) de la science la présente comme l’étude objective de la réalité. Selon ce modèle, l’utilisation de la méthode scientifique garantit que ni les personnes ni les contextes n’influencent les résultats, ce qui rend ces derniers généralisables et universels. La neutralité du processus de recherche et des chercheurs est nécessaire pour garantir la scientificité — et donc la vérité — d’une connaissance. Bien que dominante dans la plupart des sciences, cette vision est vivement contestée par les études sociales des sciences ou l’histoire des sciences, mais aussi par les études féministes et postcoloniales. Ces critiques de l’idéal positiviste de la science neutre estiment plutôt que les faits et les théories scientifiques sont construits et influencés par le contexte social, culturel ou politique dans lequel travaillent les scientifiques ainsi que par les conditions matérielles de leur travail. La reconnaissance de l’ancrage social de la science rend impensable l’idée même de neutralité ou de point de vue hors de tout point de vue.

Bien qu’il soit ancien, ce débat nous semble toujours d’actualité et très éclairant pour comprendre plusieurs controverses et débats publics. Nous proposons quatre axes de réflexion : épistémologique, politique, éthique et sociétal. Le premier posera la question de la neutralité dans le travail cognitif de fabrication des connaissances. Le second discutera de l’injonction de neutralité faite aux chercheurs dont les travaux touchent à des enjeux politiques majeurs qui les invitent à prendre parti. L’axe éthique traitera de l’idée que « la doctrine de la neutralité sert avant tout à la science à s’exonérer de toute responsabilité face à ses effets » (Toulouse, 2001). L’axe sociétal abordera l’influence des rapports sociaux et des idéologies économiques sur le développement des sciences, des objets de recherche et des politiques scientifiques.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 11 mai 2017

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