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Olivier Las Vergnas : Université de Lille - ST / Laboratoire CIREL - Trigone
Cette contribution se situe dans le prolongement de travaux sur la reconnaissance des savoirs expérientiels des malades et sur la prise en compte de leur réflexivité dans les systèmes de santé (Jouet et al., 2009 : Jouet et al. 2014). Elle part du fait qu’aujourd’hui continuent de se développer largement les discours officiels, experts ou engagés qui affirment la progression du nouvelle forme de démocratie sanitaire, nourrie justement par la réflexivité des malades. Au-delà de ces discours, dans quelle mesure peut-on parler d’hybridation des réflexivités individuelles ou groupales des malades et proches avec les professionnels de santé ? Comment la singularité du vécu individuel peut-elle se métamorphoser en savoirs collectifs ? Comment ceux-ci peuvent-ils éventuellement s’hybrider avec les protocoles de recherche clinique de l’evidence based medicine ? Au travers de plusieurs travaux de revue de littérature est proposée ici une typologie visant à distinguer et qualifier différents mécanismes de coopérations plus ou moins réflexives entre phénoménologies pragmatiques nourries de l’expérience de la vie avec la maladie et recherches médicales factuelles.
Cette typologie concerne en particulier les investigations s’intéressant aux savoirs issus de l'expérience des troubles de santé mentale et de celles des syndromes sans marqueurs biomédicaux aisés à repérer ou non encore identifiés. Dans ces cas, les acteurs académiques confrontés aux limites de l’evidence based medicine n’ont d’autres choix que d’accepter la mise en place de coopérations réflexives et de remontrer aux perceptions et aux phénoménologies pragmatiques des malades et des proches pour construire des investigations de nature à produire des savoirs partagés.
Voilà qui oblige l’ensemble des acteurs à penser leurs travaux en termes d’articulations souples entre phénoménologies pragmatiques, recherche action participative, compréhension et administration de la preuve. Le mélange qui en résulte en termes de perceptions individuelles, représentations sociales et relativité des cadres épistémologiques met en exergue des rôles de synchronisation des investigations personnelles caractéristiques des mondes vécus par chaque patient ou proche et par là même de co-élaboration des problématiques pragmatiques mais partagées dans les groupes et associations, rôles qui vont bien au-delà de simple relais des opinions des patients.
De nombreuses formations visent à favoriser la réflexivité (Donnay et Charlier, 2008) dans différents champs professionnels — éducation (Charlier et coll., 2013 ; Tardif et coll., 2012; Vacher, 2015), santé (Ghaye, 2006), psychologie (Scaife, 2010), ingénierie (Rouvrais, 2013). Les deux précédents colloques à l’Acfas (2015, 2016) ont analysé les liens entre réflexivité, expérience déstabilisante et changement d’une part, et réflexivité, compétences, identité d’autre part.
Nous différencions réflexion et réflexivité (Donnay et coll., 2008). Réfléchir, dans le deuxième sens, c’est mettre en mental, adopter une position méta par rapport à la situation, grâce à un système de représentations (souvent le langage). La réflexivité (Schön, 1994) permettrait au praticien d’adopter une posture d’extériorité en se distanciant d’une partie de la situation : la personne regarde la situation de l’extérieur pour tenter de l’objectiver, mais réalise aussi un retour sur elle-même, se regardant agir en situation et analysant les surdéterminations qui contribuent à structurer son rapport à sa pratique et aux acteurs concernés. Cette posture d’extériorité est facilitée par un tiers : personnes ou grilles de lecture.
Les dispositifs de formation à la réflexivité sont nombreux, sans compter ceux non documentés dont la visée est de faire réfléchir, mais qui ne s’affichent pas ainsi (Chaubet et coll., 2016). La réflexivité est souvent pratiquée en groupe selon des méthodologies diverses. Dans le cadre de ce colloque, dans la continuité des deux précédents, nous interrogerons les processus en jeu dans ces situations de formation en groupe, ainsi que les effets de ces dispositifs collectifs. Quels sont les éléments du dispositif collectif qui favorisent la réflexivité? En quoi? Comment? Quelle est la dimension affective de ces processus? Quel est le rôle de l’Autre ou des Autres? Quelles sont les dimensions cognitives, affectives, professionnelles et identitaires touchées?
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