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L'histoire nationale d’objets a-nationaux?

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Julien Prud'homme : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières

Résumé de la communication

Parmi les historiens, le recours spontané à l’échelle nationale est critiqué en raison du caractère « construit » de la nation. Cette critique est forte dans des branches comme l’histoire des migrations. D’autres spécialités, pourtant consacrées à des phénomènes transnationaux, résistent cependant à ce refus sans nuance. C’est le cas de l’histoire environnementale, qui constate que la nation, toute construite soit-elle, crée un espace institutionnel qui oriente les conduites des acteurs.

Ce raisonnement suppose que l’espace institutionnel créé par un État correspond à une « nation ». Cela n’est toutefois pas toujours le cas des États fédérés. L’espace institutionnel créé par les États ontarien ou californien ne correspond pas à un espace national. Par contre, c’est le cas lorsque les mêmes compétences sont exercées par les États français ou québécois.

Il est utile d’aborder sous cet angle le cas de l’histoire des professions. On note d’une part que la tendance à raconter une histoire « nationale » des professions mène à des histoires bien différentes selon qu’elles couvrent des nations fédératives (étasunienne, canadienne) ou des espaces où l’État responsable et la nation correspondent (France, Québec). On note aussi que l’histoire québécoise des professions est marquée de tensions ethnolinguistiques. Dans les deux cas, la prise en compte de l’espace national a des effets profonds sur une histoire, celle des professions, apparemment étrangère au fait national.

Résumé du colloque

Dans un récent article, la sociologue Monique Hirschhorn (2016, p. 288) revient sur la constitution, devenue malaisée, d’une sociologie de la société française, cet « objet encombrant, difficile à saisir et [actuellement] peu valorisé ». Au Québec, Fernand Dumont (1962, p. 278) fut l’un des premiers dans les années 1960 à constituer le Québec comme société globale à partir de « mécanismes par lesquels [elle] a tâché de se donner une représentation d’ensemble ». Dans la foulée, des exercices de synthèse ont aussi été réalisés sur le Canada français et le Québec depuis le collectif Essais sur le Québec contemporain (1953) dirigé par Jean-Charles Falardeau jusqu’à la publication en 1984 de Continuité et rupture. Les sciences sociales, dirigée notamment par Georges-Henri Lévesque, Guy Rocher et Jacques Henripin. Chaque fois, la mise en objet du « Québec » ou de la « société québécoise » soulève divers problèmes; encore aujourd’hui, ses contours ne vont pas de soi. En outre, plus récemment, c’est la pertinence, la visibilité ou la légitimité même de l’objet Québec qui semble mise en cause dans certains secteurs des sciences sociales.

L’objectif de ce colloque n’est pas de ressusciter les exercices de synthèse d’autrefois. Il s’agit plutôt, à titre d’historien et de sociologue, de délimiter un espace de dialogue sur cet objet fortement polysémique, face auquel les chercheurs et chercheures en sciences sociales n’emploient pas un langage commun, et ne l’ont sans doute jamais fait. L’objectif du colloque est donc de se questionner sur la construction de l’objet Québec dans les différentes sciences sociales. Que faut-il entendre par l’objet Québec? Quelles sont les difficultés à constituer le Québec comme société? Quel est l’état de l’enseignement sur le Québec au sein des universités québécoises? Comment se réalise la production de l’objet Québec à partir d’analyse de cas concrets et suivant les différentes disciplines des sciences sociales? Et quels sont les obstacles, mais aussi les incitatifs, à une discussion élargie sur cet objet ? À partir de quels « mécanismes » est-il aujourd’hui possible d’en rendre compte? S’il est désormais admis que le social est localisé, et non pas tant local, comment localiser socialement le « global »?

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
manager icon Responsables :
Julien Prud'homme
section icon Date : 11 mai 2017

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