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Yannick Brun-Picard : Collège Jacques Prévert Les Arcs
Immergé en observation intégrée au sein d’une classe, la situation éducative est disséquée par l’analyste. Il s’efforce de rendre accessibles et explicites les réalités qu’il constate en relation avec son objet de recherche. Il prône une neutralité totale sur le phénomène étudié. Est-ce que la neutralité d’analyse et de restitution de l’objet étudié est réelle? Après avoir différencié l’observation intégrée des autres démarches d’investigation et justifié ce qui à notre sens est source de neutralité, nous exposons brièvement la praxéologie mise en œuvre pour déterminer s’il y a une part d’illusion de neutralité dans les sciences humaines. Le prisme de cette approche permet de mettre en exergue une forme de neutralité sachant qu’elle ne répond et ne satisfait que les mouvances qui y trouvent leur compte. Les outils, les orientations, les attitudes et les précautions d’étude façonnent cette neutralité. Les références, les appartenances, les croyances et les certitudes impriment dans les productions ce qui est donné pour être une neutralité dite scientifique. Des problèmes de restitution, de subjectivité objectivée et de distanciation empathique mettent au jour des zones d’ombre inhérentes à toute étude. Enfin, des enseignements sur l’observation intégrée et sur les sciences humaines dans leurs productions nous informent au sujet de cette part d’illusion source de légitimation pour une scientificité arcboutée sur des méthodologies qui formatent les faits en toute neutralité.
Dans le régime contemporain de production des savoirs, le modèle dominant (positiviste réaliste) de la science la présente comme l’étude objective de la réalité. Selon ce modèle, l’utilisation de la méthode scientifique garantit que ni les personnes ni les contextes n’influencent les résultats, ce qui rend ces derniers généralisables et universels. La neutralité du processus de recherche et des chercheurs est nécessaire pour garantir la scientificité — et donc la vérité — d’une connaissance. Bien que dominante dans la plupart des sciences, cette vision est vivement contestée par les études sociales des sciences ou l’histoire des sciences, mais aussi par les études féministes et postcoloniales. Ces critiques de l’idéal positiviste de la science neutre estiment plutôt que les faits et les théories scientifiques sont construits et influencés par le contexte social, culturel ou politique dans lequel travaillent les scientifiques ainsi que par les conditions matérielles de leur travail. La reconnaissance de l’ancrage social de la science rend impensable l’idée même de neutralité ou de point de vue hors de tout point de vue.
Bien qu’il soit ancien, ce débat nous semble toujours d’actualité et très éclairant pour comprendre plusieurs controverses et débats publics. Nous proposons quatre axes de réflexion : épistémologique, politique, éthique et sociétal. Le premier posera la question de la neutralité dans le travail cognitif de fabrication des connaissances. Le second discutera de l’injonction de neutralité faite aux chercheurs dont les travaux touchent à des enjeux politiques majeurs qui les invitent à prendre parti. L’axe éthique traitera de l’idée que « la doctrine de la neutralité sert avant tout à la science à s’exonérer de toute responsabilité face à ses effets » (Toulouse, 2001). L’axe sociétal abordera l’influence des rapports sociaux et des idéologies économiques sur le développement des sciences, des objets de recherche et des politiques scientifiques.
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