Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Valérie Orange : UQAM - Université du Québec à Montréal
En France comme au Québec, la question de la liberté de la pratique religieuse hors du cadre privé revient régulièrement dans les débats publics portant sur la laïcité. En France, elle se pose avec encore plus d’acuité dans l’espace spécifique de l’École publique, qui doit concilier neutralité vestimentaire des élèves, attendue depuis la loi de 2004, et liberté d’expression, y compris religieuse, garantie depuis 1989. Dans cette présentation, je m’intéresse à la façon dont les enseignants des établissements publics, situés dans les quartiers multiethniques reçoivent et réagissent à la dimension religieuse et culturelle émergeant des discours et comportements de leurs élèves. Ce n’est donc pas la parole de ces derniers qui est présentée ici, mais bien celle des enseignants. Leurs propos mettent en lumière combien trente années de débat liant laïcité et islam ont induit des attitudes et des analyses potentiellement caricaturales, au point de ne pas étudier les gestes et paroles de leurs élèves musulmans avec les mêmes critères que ceux utilisés pour les élèves relevant d’une autre confession. Ce constat constitue tant un repère qu’une alerte vis-à-vis de la possibilité de biais d’analyse chez les chercheurs, victimes potentielles des prétendues évidences prégnantes dans les débats publics. Cette présentation s’appuie sur des observations et des entretiens réalisés, dans le cadre de mon doctorat, auprès d’enseignants de Marseille, durant le premier semestre 2016.
Si les premiers penseurs des sciences sociales des religions (Tylor, Durkheim) se sont d’abord penchés sur les sociétés dites « primitives », c’est parce qu’implicitement ils assimilaient culture et religion. Les travaux de Weber sur les liens entre religion et système économique participent de cette perspective, bien qu’élargissant la notion de culture. Les études sur les monothéismes et leurs prétentions universalistes amènent toutefois à s’interroger sur l’articulation entre le religieux et le culturel. L’intérêt que les sociétés occidentales portent aux traditions liées à des aires culturelles du Sud a également mis en évidence l’influence du paradigme chrétien sur la définition même de la religion. Alors que, dans la foulée de la modernité et de la globalisation, le thème de la dissociation religion/culture constitue désormais une rhétorique partagée par les acteurs religieux, force est de constater que les religions elles-mêmes tendent à repenser la pertinence et l’opportunité de s’inscrire dans des systèmes culturels locaux (théorie de l’inculturation catholique, réappropriation des idiomes locaux par les pentecôtismes, construction d’un islam moderniste, etc.) et, le cas échéant, les modalités de cette insertion. La sécularisation et la diversification religieuse des sociétés contemporaines complexifient le paysage en favorisant l’apparition de combinaisons symboliques rendues inédites par des jeux d’innovation du croire et de la pratique. Certains auteurs identifient des traits de religiosité dans des pratiques de l’ordinaire apparemment sécularisées. Un tel chevauchement se diffracte également dans les choix et modèles d’inclusion du religieux dans le lien social. Ce colloque organisé par la Société québécoise pour l’étude de la religion se veut un espace d’échanges interdisciplinaires sur les articulations et tensions qui animent la dynamique religion et culture.
Titre du colloque :
Thème du colloque :