Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Valerie Masumbuko : Université d'Ottawa
Cette communication est une analyse critique intersectionnelle entre la théorie émancipatrice des pédagogies féministes et les pratiques institutionnelles.Paulo Freire (1974, 1992) et hooks (1994) prônent une pensée éducative basée sur la récupération de la parole par les opprimé.e.s comme moyen de leur émancipation. Si Freire apporte un lien entre éducation, savoir et classe opprimée, Memmi (1992) lui en établit un entre éducation, savoir et peuple opprimé. Ses divers écrits, en particulier « L’homme dominé » (1979) et « Portrait du colonisé » (1973), ont souligné la façon dont l’éducation peut jouer un rôle déterminant dans l’occultation de la mémoire de tout un peuple et le maintien des rapports de domination. C’est pour cela que la théorie féministe du point de vue (standpoint theory), considère que les dominé-e-s jouissent, du fait de leur marginalisation sociale, d’un « privilège » épistémologique qui leur permet d’appréhender le monde en ayant conscience des rapports de domination et de leurs effets sur leur existence (Harstock, 1983). Faire entendre les voix des dominé-e-s devient alors une manière de contester l’ordre dominant et d’affirmer que celles-ci sont porteuses d’un savoir légitime et subversif (Rich, 1979 ; Dorlin, 2009). Cependant, on constate cependant que la plupart de ces recherches ne tiennent pas compte des différentes catégories des apprenantes dans leur définition de la pédagogie émancipatrice.
Partant du titre du célèbre texte d’Audre Lorde, féministe lesbienne noire états-unienne, ce colloque entend mettre en question les modalités de construction et de transmission des savoirs, connaissances et praxis des groupes marginalisés, qui sont construits comme des problèmes sociaux dans différents contextes. L’objectif principal est de définir comment et quels savoirs-connaissances sont construits et transmis dans ces groupes sur « eux-mêmes » en termes d’enjeux divers, notamment liés à la racisation, le genre, la sexualité, la classe, le handicap, etc. Autrement dit, nous voulons comprendre ce qui se construit comme savoir sur le « soi » et les connaissances « autres » dans les groupes qui semblent socialement et politiquement « faire problème ». Dès lors, nous proposons de nous interroger à la manière de W.E.B. Dubois : « quel effet ça fait d’être un problème? », par quels modes de subjectivation devient-on un problème, et surtout, qui a le pouvoir de désigner, nommer et délimiter le problème?
Alors qu’il existe une large littérature et de nombreux travaux sur la marginalisation de différents groupes (personnes immigrantes, femmes autochtones, personnes réfugiées, etc.), ces études prennent rarement en compte une perspective située. Pourtant, un bon nombre de féministes, principalement les féministes noires, ont soulevé les enjeux liés à la construction du savoir situé et la force de ses perspectives. En effet, les perspectives et questions de recherche sont à considérer autrement lorsqu’il s’agit de travailler avec un groupe donné et non pas sur ce dernier. D’autres normativités, points de vue et praxis sont à visibiliser. Et nos approches et méthodes de recherche sont à repenser.
Nous désirons par ce colloque réunir des chercheurs et chercheuses de différents horizons disciplinaires qui s’intéressent aux enjeux de recherche liés à la représentation, au couple savoir-pouvoir, et aux questions épistémologiques et méthodologiques qu’ils suggèrent.
Titre du colloque :