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Pourquoi (ne pas) se laisser « mystifier » par les rituels? Mauss, Lévi-Strauss et Hénaff sur le « hau » maori

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Patrice Bergeron : Université Laval

Résumé de la communication

Dans son «Essai sur le don», Marcel Mauss fait appel à un terme maori - le hau qui désigne la force spirituelle de la chose donnée - pour rendre compte du caractère obligatoire des rapports de don dans les sociétés segmentaires, ce que Claude Lévi-Strauss n’a pas manqué de lui reprocher : «Ne sommes-nous pas ici devant un de ces cas où l’ethnologue se laisse mystifier par l’indigène?»

Marcel Hénaff a repris cette question en donnant raison à Mauss sur ce point, mais sans pour autant disqualifier le structuralisme de Claude Lévi-Strauss. Pour quelles raisons précisément Hénaff choisit-il de revenir à Mauss après être passé par Lévi-Strauss sur cette question? Que peut nous apprendre ce débat et sa reprise par Hénaff sur l’étude des rituels, et en particulier sur le rapport entre les connaissances dites «externes» développées par les chercheurs et les connaissances dites «internes» de ceux et de celles qui y participent? Ce sont de telles questions que j’aborderai dans cette communication, en montrant comment, par-delà le cas théorique du hau maori, c’est la manière même d’étudier les rituels qui est en jeu dans ce débat. Et curieusement, ce débat rejoint à sa façon la situation inconfortable des théologiens chrétiens aux prises avec les rituels chrétiens.

Résumé du colloque

Des recherches récentes dans le domaine des études rituelles suggèrent que les rites doivent être étudiés « rituellement » (McGann) et considérés « en eux-mêmes », de « leur propre droit » (Handelman et Lindquist), de façon à dépasser l’opposition implicite de la pratique des agents rituels à la théorie des chercheurs (Bell). Certains auteurs arrivent même à proposer l’abandon de « l’athéisme méthodologique » et l’engagement d’un « théisme méthodologique » (Piette).

En se concentrant sur l’écart épistémologique qui s’installe entre la pratique rituelle et les théories scientifiques sur les rites, ce colloque se propose de faire avancer les connaissances au-delà de l’impasse qui semble les faire s’arrêter précisément devant les connaissances pratiques et intuitives des rites eux-mêmes. En d’autres termes, il s’agit dans ce colloque de mettre en question l’écart entre les savoirs « internes » et les savoirs « externes » aux rites, et ce, dans le but de soulever les enjeux épistémologiques et méthodologiques liés à l’étude interdisciplinaire des rites. Si les rites sont des jeux linguistiques caractérisés par une multiplicité de langages (verbaux, gestuels, iconiques, musicaux, etc.) mobilisés de façon simultanée, l’étude critique des rites gagne à être interdisciplinaire (sociologie, anthropologie, sciences des religions, théologie, études liturgiques, littérature, musique, arts, etc.) non seulement afin d’arriver à une description plus exhaustive de l’action rituelle de l’extérieur, mais aussi afin d’accorder une place aux sens et aux significations internes au rite lui-même.

Ce colloque désire entrer dans ce débat dans le but de faire avancer les connaissances dans le domaine des études rituelles, notamment par le biais de la discussion méthodologique.

Qu’est-ce que l’on entend par rite? Quelle est la part du religieux dans les rites profanes? Ou encore, quelle est la part du profane dans les rites religieux? Et où passe la frontière entre le religieux et le séculier? Et qu’est-ce que l’on entend par « religieux » dans ce contexte? Qu’est-ce que l’utilisation de la notion rite dit de notre conception des sciences humaines? Quel rapport s’établit entre nos pratiques de recherche et d’enseignement sur les rites et la manière dont les rites sont élaborés, transmis et réinventés par les agents rituels eux-mêmes? Les agents rituels ritualisent à partir de connaissances « internes » aux rites, souvent des connaissances pratiques très complexes. Prendre en considération les connaissances internes revient-il nécessairement à se laisser « mystifier » par le rite (voir le différend entre Lévi-Strauss et Mauss sur le hau des Maoris)? Toutes ces questions renvoient à la nécessité contemporaine de redécouvrir et développer une « raison sensible » (Maffesoli), et non simplement une raison détachée. Elles exigent que l’on reprenne la réflexion épistémologique ainsi que le débat méthodologique dans le domaine des études du rite.

Contexte

section icon Thème du congrès 2017 (85e édition) :
Vers de nouveaux sommets
section icon Date : 11 mai 2017

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