Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Anahi MORALES HUDON : Université Saint-Paul
Je propose une discussion réflexive sur les formes de collaboration développées entre le milieu académique et des groupes marginalisés. Depuis une perspective intersectionnelle, je m'intéresse à ces collaborations qui ne sont pas exemptes de rapports de pouvoir et affectent le processus de production, diffusion et appropriation du savoir. Si l’on note un intérêt marqué dans le milieu académique pour développer des projets de collaboration qui bénéficient les groupes impliqués, la littérature offre peu d’analyse des raisons motivant les organisations sociales à entamer (ou rejeter) des collaborations avec le milieu académique. Plus encore, si la littérature se penche sur les méthodes et stratégies développées par les chercheur.e.s, on en sait moins sur les stratégies des groupes marginalisés pour établir certaines formes de collaboration qui sont à même de renforcir leur travail et avoir un plus grand impact social. Plus encore, quelles stratégies sont développées par ces groupes pour garder mémoire du savoir produit ? C’est à partir de ces questions et d’une première revue du savoir produit par ces groupes que je propose cette réflexion. Je soutiens que pour approfondir un travail réflexif sur les collaborations que l’on développe dans le milieu académique il est nécessaire de s’intéresser davantage aux stratégies de production et de conservation du savoir par ces groupes, et cela en dehors d’une logique académique qui reproduit une appropriation constante de ces savoirs.
Partant du titre du célèbre texte d’Audre Lorde, féministe lesbienne noire états-unienne, ce colloque entend mettre en question les modalités de construction et de transmission des savoirs, connaissances et praxis des groupes marginalisés, qui sont construits comme des problèmes sociaux dans différents contextes. L’objectif principal est de définir comment et quels savoirs-connaissances sont construits et transmis dans ces groupes sur « eux-mêmes » en termes d’enjeux divers, notamment liés à la racisation, le genre, la sexualité, la classe, le handicap, etc. Autrement dit, nous voulons comprendre ce qui se construit comme savoir sur le « soi » et les connaissances « autres » dans les groupes qui semblent socialement et politiquement « faire problème ». Dès lors, nous proposons de nous interroger à la manière de W.E.B. Dubois : « quel effet ça fait d’être un problème? », par quels modes de subjectivation devient-on un problème, et surtout, qui a le pouvoir de désigner, nommer et délimiter le problème?
Alors qu’il existe une large littérature et de nombreux travaux sur la marginalisation de différents groupes (personnes immigrantes, femmes autochtones, personnes réfugiées, etc.), ces études prennent rarement en compte une perspective située. Pourtant, un bon nombre de féministes, principalement les féministes noires, ont soulevé les enjeux liés à la construction du savoir situé et la force de ses perspectives. En effet, les perspectives et questions de recherche sont à considérer autrement lorsqu’il s’agit de travailler avec un groupe donné et non pas sur ce dernier. D’autres normativités, points de vue et praxis sont à visibiliser. Et nos approches et méthodes de recherche sont à repenser.
Nous désirons par ce colloque réunir des chercheurs et chercheuses de différents horizons disciplinaires qui s’intéressent aux enjeux de recherche liés à la représentation, au couple savoir-pouvoir, et aux questions épistémologiques et méthodologiques qu’ils suggèrent.
Titre du colloque :