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Bertrand Labasse : Université d'Ottawa
Les bouleversements contemporains des formes et modalités de la communication s'accompagnent comme on le sait d'une redistribution continue des positions et des frontières professionnelles, quand ce n'est pas d'un délitement de celles-ci. Mais comment ces repositionnements se reflètent-t-ils dans les logiques communicationnelles elles-mêmes ?
On se propose ici d'explorer l'hypothèse selon laquelle les évolutions individuelles ou collectives des professionnels de la communication se traduisent, lorsqu'elles sont substantielles (et si elles sont réellement communicationnelles), par des réévaluations des critères d'adéquation des discours.
Cette perspective théorique sera envisagée en fonction d'un modèle de construction de la valeur discursive articulant la pertinence cognitive des messages, soit l'effort de traitement qu'ils réclament et l'effet cognitif qu'ils produisent (Sperber et Wilson, 1989) et leur convenance, socialement déterminée par les valeurs et attentes des différentes instances concernées (Bourdieu, 1977).
Examinant divers archétypes de mutations professionnelles, on montrera que celles-ci se traduisent par une repondération des contraintes discursives antagonistes formant le référentiel socio-cognitif évoqué ci-dessus, donc à un déplacement plus ou moins marqué au sein de ce référentiel.
On remarquera que celui-ci permet non seulement d'éclairer une partie notable des tensions ressenties par les acteurs, mais aussi de mieux percevoir l'unicité de la dimension communicationnelle de métiers et de formations de plus en plus éclatés.
La profession de communicateur ou de communicatrice n’est pas un parcours unidirectionnel. Bien que les institutions d’enseignement de même que les associations professionnelles tentent, depuis nombre d’années, d’en baliser les trajectoires (Baillargeon et al., 2013), la complexité et la transdisciplinarité traversant la fonction communication dans les organisations rendent impossible — fort heureusement, pourrait-on dire — de circonscrire les contours de ce qui fait « professionnel » en communication. Journalistes se convertissant aux relations publiques ou devenant producteurs de contenus (Baillargeon et al., 2016; Bernier et al., 2005); mathmen constituant les nouveaux communicateurs à l’aune des données massives (big data) (Couldry et Turow, 2014; Messinger, 2014); responsables des RH endossant la fonction de communicateur interne (Talal, 2013), sans compter les croisements entre politique, marketing et communication (Kugler, 2006; Stenger, 2012) : autant d’indices que cette profession « échappe inévitablement à toute maîtrise systématique » (Champy, 2009, p. 84). Ainsi, l’observation de la polysémie et de l’équivocité des titres d’emploi (David and Motulsky, 2010; de la Broise, 2013), les fréquents amalgames professionnels et bifurcations floutant les frontières, les dynamiques d’entrée et sortie dans la profession, le foisonnement de formations « en communication » au cours de la vie témoignent de cette recherche constante de légitimation. Ce colloque international, organisé par le RESIPROC, propose de mettre en question l’atypie du parcours professionnel en communication de manière à en révéler les enjeux, les impacts sur la pratique de même que les tensions qu’elle engendre chez les praticiens, les associations et les milieux de formation.
Mettant en relation enseignants-chercheurs, étudiants, professionnels et représentants associatifs, ce colloque sera l’occasion de :
– faire un état des lieux sur les différentes formes d’hybridations professionnelles et les enjeux qu’elles supposent en matière de tensions dans les organisations et de limites dans les savoirs communs essentiels à la pratique (Shelby, 1993);
– explorer les rationalités déontologiques, économiques, éthiques, politiques et sociotechniques derrière cette atypie (Coutant et Domenget, 2016; Maas et al., 2017);
– se questionner sur les formes et les orientations des formations, qu’elles soient inscrites au sein des établissements d’enseignement ou non, au regard de cette atypie (de la Broise et Morillon, 2014).
À travers ces thèmes, chercheurs, enseignants et professionnels de l’espace francophone pourront jeter un regard plus avisé sur une profession constamment en quête de légitimation, proposer des pistes de réflexion sur la question de l’adéquation entre l’enseignement et la pratique qui fait récursivement surface (Champy, 2009 ; Lepine et David, 2014; Broyles et Slater, 2014; Neill et Schauster, 2015) tout en soulevant les défis pour les professionnels, novices comme expérimentés, de cette atypie.
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